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Si Blutopia s’appelle comme ça, ce n’est pas pour rien. Je suis une utopiste. J’ai envie de croire en l’utopie d’un océan sans pollution. Alors évidemment, j’ai aussi eu envie de croire aux beaux discours. J’ai fait confiance à celles et ceux qui disent pouvoir nettoyer l’océan et donner une nouvelle vie aux déchets plastiques marins. J’ai voulu bien faire pour préserver ce terrain de jeu que j’aime tant, mais je me suis faite avoir.

Le problème : le greenwashing sur les déchets plastiques marins

Chaque jour, je découvre une nouvelle marque qui prétend dépolluer l’océan en faisant des chaussures, des t-shirts ou encore des maillots de bain à partir de déchets plastiques récupérés dans l’océan. La promesse est belle, non ? Le problème, c’est qu’elle est presque impossible à tenir. 

En fait, la plupart des déchets plastiques marins sont inutilisables. Ils sont trop dégradés par le soleil, le sel et l’eau, ce qui les rend difficiles à recycler. Vous avez déjà collecté des déchets sur la plage ? Alors, certains plastiques se sont très probablement désintégrés entre vos mains. Pour en faire de nouveaux objets durables, il faut y ajouter une part importante de plastiques recyclés de meilleure qualité récupérés sur terre ou, au pire, de plastiques vierges. 

Et ça, ça passe souvent à la trappe dans la communication des marques. Vous avez sans doute déjà lu sur les sites internet ou les réseaux sociaux des entreprises qui revalorisent les déchets marins qu’elles nettoient, ou qu’elles sauvent (carrément !), l’océan. En revanche, le pourcentage de déchets marins dans la composition finale des produits est rarement précisé. Et quand il s’agit de filets de pêche, c’est encore plus trompeur. En réalité, ce ne sont presque jamais des filets fantômes qui flottaient dans l’océan qui sont revalorisés, mais des filets trop usés pour être encore utilisés, donnés ou vendus par des pêcheurs avant qu’ils ne terminent dans l’océan.

En même temps, c’est déjà très bien, et ça vaut peut-être mieux pour notre santé. Les déchets qui ont passés du temps dans l’océan peuvent être porteurs de polluants. Pour le moment, aucune étude scientifique n’a été menée pour les repérer et déceler l’impact qu’ils pourraient avoir sur notre santé. Mais en attendant, c’est plus prudent d’éviter de porter des vêtements potentiellement contaminés, non ?

Avant de passer à la solution de la semaine, il y a une dernière chose qui me turlupine. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on veut faire du recyclé à toutes les sauces, sans penser à ce que ça implique. Un des principaux problèmes de nos vêtements, ce sont pourtant les fibres synthétiques. Si vous me lisez depuis un moment, vous savez déjà qu’elles se dirigent directement vers l’océan quand elles passent dans nos machines à laver. Alors, à quoi bon faire des t-shirts et des sweats qui nettoient l’océan d’un côté, mais qui le salissent de l’autre ? Autant garder les fibres synthétiques pour les produits qui ne peuvent pas faire sans, comme nos maillots de bain ou nos vêtements techniques, ou alors utiliser le plastique déjà produit pour en faire des objets durables comme le cadre photo qui ne sauvera pas l’océan.

La solution de la semaine : plus de transparence

La prochaine fois que vous serez touché·e par le discours d’une marque qui vous vend une belle action de nettoyage de l’océan, n’oubliez pas de creuser un peu pour savoir ce qui se cache derrière les belles paroles. Si vous ne trouvez pas les informations que vous cherchez, n’hésitez pas à les demander directement à la marque en question. Plus on sera nombreux et nombreuses à leur faire part de nos interrogations, plus elles feront preuve de transparence.

Et à toutes celles et ceux parmi vous qui ont lancé ou comptent lancer leur propre marque : il est temps d’arrêter de nous vendre du rêve et de nous duper en jouant sur les mots. Soyez honnêtes et partagez tout ce que vous connaissez sur ce que vous produisez. Vous avez tout à y gagner !

À quoi bon faire des t-shirts et des sweats qui nettoient l’océan d’un côté, mais qui le salissent de l’autre ?

Notre sélection* : les fibres recyclées

👙 ECONYL® : la polyamide recyclée

ECONYL®, c’est une fibre de polyamide, plus connue sous le nom de nylon, créée à partir de déchets. Si vous cherchez un maillot de bain pour femmes recyclé, vous tomberez sans doute sur cette matière. Voici ce qui la compose : 

  • Des filets de pêche usagés provenant des industries de la pêche et de l’aquaculture
  • Des filets de pêche fantômes ramassés par des plongeurs et plongeuses volontaires au fond de l’océan
  • Des vieux tapis
  • Des tissus arrivés en fin de vie 
  • Des déchets pré-consommateur comme des composants plastiques, des déchets industriels et des chutes de tissus

ECONYL® ne partage par les proportions de chaque type de déchets, mais vous le voyez bien : les seuls déchets récupérés dans l’océan sont les filets de pêche fantômes. On est loin de ce que certaines marques pourraient laisser croire.

🩳 Seaqual™️ : le polyester recyclé

Seaqual™️ transforme des bouteilles plastique, récupérées à la fois en mer et sur terre, en filaments de polyester recyclé. Une fois collectées, les déchets sont triés, traités et filés en une fibre polyester qui offre les mêmes propriétés qu’une fibre réalisée à partir de polyester vierge. Ses applications sont variées : mode, sport, lingerie, maillots de bain, articles d’ameublement ou électronique. Son avantage ? Elle permet d’économiser jusqu’à 40% d’eau et 50% d’énergie, avec une empreinte carbone réduite de 60%. Mais ici encore, la part de bouteilles plastique récupérées en mer est infime : elle ne représente que 10% de la composition finale.

🚢 Fil & fab : les filets de pêche recyclés

Fil & fab a inventé le Nylo®, un granulé de polyamide 100% filets de pêche recyclés. Pour arriver à leur forme régénérée, les filets de pêche passent par plusieurs étapes indispensables : 

  • Tri par couleurs
  • Séparation de leurs flotteurs et cordage pour garantir un matériau 100% polyamide
  • Réduction en fibres de quelques centimètres
  • Extrusion et ajout d’additifs pour conserver un plastique aux qualités techniques proches de la matière vierge et obtenir une production de qualité homogène

Vous vous en doutez, les filets de pêche ne sont pas collectés en mer, mais sont récupérés auprès de pêcheurs avant qu’ils ne terminent dans les bennes à destination des déchèteries.

Pour aller plus loin : ce qu’on ne nous dit pas sur le recyclage

📹 Reportage : « Sur le front : la face cachée du recyclage » avec Hugo Clément

Avec Hugo Clément et ses reportages « Sur le front », on n’est jamais décu·e·s. Celui-ci explore la face cachée du recyclage : l’impact des fumées qui sortent des incinérateurs, l’utilisation des résidus impossibles à brûler, l’exportation de nos déchets dans des pays incapables de les gérer, la perte de qualité à chaque cycle de recyclage ou encore la présence de plastiques dans les placentas humains. Conclusion ? Il n’y a pas de secret. Il faut avant tout réduire la production et la consommation de déchets à la source.

📕 Livre : « Recyclage : le grand enfumage » de Flore Berlingen

Dans son livre, l’ancienne Directrice de Zero Waste France dénonce l’instrumentalisation du recyclage, présenté comme la panacée, la solution révolutionnaire qui mettra fin à la crise des déchets. S’il est indispensable, le recyclage est insuffisant et parfois même contre-productif.

🎙 Podcast : « Edgar, Julien et Malaury, militant·e·s pour la préservation des océans » sur Basilic Podcast

Si vous n’avez toujours pas écouté ce podcast dans lequel j’interviens aux côtés de Julien, co-fondateur de Blutopia, et Edgar, co-fondateur de l’association 4P Shore & Seas, c’est le moment. On y parle de recyclage des déchets plastiques marins et de greenwashing, mais pas que.

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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