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En 2018, juste avant de créer Blutopia, j’ai réalisé que j’avais un rôle à jouer pour limiter la pollution plastique dans l’océan. Mon déclic ? Le documentaire A Plastic Ocean. En achetant des produits emballés dans des plastiques à usage unique, je participais à la destruction de mon terrain de jeu. 

En suivant les préceptes de la démarche zéro déchet, j’ai alors remplacé la plupart des plastiques par… du verre. En apparence, ce matériau a plein d’avantages : pas d’extraction pétrolière, aucun produit toxique, une recyclabilité à l’infini. Pourtant, le résultat du duel contre le plastique n’est pas si évident.

Le problème : le plastique, le verre ou l’usage unique ?

Je ne vais pas vous rappeler tous les inconvénients du plastique ici, vous les connaissez probablement déjà. En revanche, on parle beaucoup moins de ceux du verre.

L’extraction de sable

Pour produire 1 tonne de verre, il faut généralement 700 kg de sable, 300 kg de carbonate de sodium et 200 kg de calcaire. Et c’est là qu’apparaît le premier inconvénient du verre. Selon l’ADEME, entre 27 et 40 milliards de tonnes de sable sont extraites chaque année, faisant du sable la deuxième ressource naturelle la plus exploitée après l’eau.

Bon, évidemment, le sable ne sert pas qu’à produire du verre. On l’utilise dans la construction d’immeubles, de routes ou d’îles artificielles, dans les microprocesseurs de nos ordinateurs ou de nos téléphones, dans les peintures et même dans les cosmétiques. En 20 ans, la demande de sable a triplé.

Vous vous dites que ça ne pose pas vraiment problème puisqu’il y a du sable partout ? Il y a bien 120 millions de milliards de tonnes de sable dans le monde, mais il faut regarder au-delà des chiffres.

  • Seul le sable marin, une fois extrait et lavé à l’eau douce, peut être utilisé. Le sable du désert, poli par le vent, est trop rond et ne peut pas s’agglomérer.
  • Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le sable n’est pas une ressource renouvelable. Créé par l’érosion des roches continentales, il est transporté par le vent et les cours d’eau et peut mettre plusieurs milliers d’années avant d’atteindre l’océan.
  • La régénération du sable est perturbée par les 60 000 grands barrages construits à travers le monde qui retiennent les sédiments et les empêchent de rejoindre le grand bleu.

Nous dépensons notre « budget » de sable plus vite que nous ne pouvons le produire de façon responsable.

Joyce Msuya, Directrice exécutive par intérim de l’ONU Environnement

Et plus on extrait de sable, plus les menaces pour l’ensemble du vivant sont grandes.

  • Maintenant qu’il ne reste plus grand chose dans les mines et les carrières, c’est dans les cours d’eau, les lacs et les fonds marins que l’on va puiser. En aspirant le sable, on aspire aussi des espèces marines à la base de la chaîne alimentaire et on détruit leurs habitats naturels.
  • Sans le sable, qui constitue une barrière naturelle, l’eau de mer s’infiltre dans les nappes phréatiques et rend les terres arables impropres à l’agriculture.
  • Les côtes sont de moins en moins protégées des catastrophes naturelles. En fait, lorsqu’on prélève du sable près des côtes, un trou se crée au fond de l’eau. L’océan comble ce trou avec du sable, ce qui accélère le retrait des plages et accentue le phénomène d’érosion. Aujourd’hui, 75 % à 90 % des plages du monde reculent.

Les émissions de gaz à effet de serre

L’utilisation de sable n’est pas le seul inconvénient du verre. Pour en arriver au matériau tel qu’on le connaît, les industriels se servent de fours dont la température peut monter jusqu’à 1 500 degrés. Et une fois fabriqué, encore faut-il l’amener à bon port. Les produits emballés dans du verre pèsent bien plus lourd que ceux emballés dans du plastique, ce qui fait consommer davantage de carburant aux camions qui les transportent.

Les risques de casse

Si le plastique est incassable, ce n’est clairement pas le cas du verre. Les risques de casse sont élevés, surtout lors du transport. Quand la catastrophe arrive, il faut tout recommencer : de l’extraction des matières premières à la production du verre. De quoi multiplier l’empreinte écologique d’un simple contenant !

La solution de la semaine : recycler, réutiliser, consigner

Pas de panique, je ne vais pas vous dire qu’il faut revenir aux plastiques jetables et laisser tomber le verre. En fait, si j’ai écrit tout ça, c’est pour vous faire prendre conscience que peu importe l’emballage que l’on choisit, il aura toujours un impact.

Vous vous en doutiez, il faut privilégier le verre pour un tas de raisons que j’ai déjà citées : pas d’extraction pétrolière, aucun produit toxique, recyclabilité à l’infini. Mais le plus important, c’est de faire en sorte qu’il dure le plus longtemps possible. S’il est à usage unique, son empreinte carbone sera plus grande qu’un emballage en plastique.

Recycler

Je vous vois venir. « Oui, mais s’il est mis dans un bac à verre pour être recyclé, ce ne sera jamais un déchet et il n’y aura pas besoin de puiser de nouvelles ressources pour en recréer. »

C’est vrai, le verre est d’ailleurs l’un des rares matériaux recyclable indéfiniment, sans perte de qualité. Seulement, pour faire du verre à partir de verre, il faut des infrastructures de collecte, de tri et de recyclage, mais aussi de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Tout ça a un impact que l’on oublie bien trop souvent. Le recyclage doit donc être votre dernier recours.

Réutiliser

Le mieux que vous puissiez faire avec vos bocaux en verre, c’est de les garder et de les réutiliser. Vous pouvez y ranger vos courses en vrac ou y conserver vos plats maison, par exemple. D’ailleurs, ça fait un an qu’on garde tous nos bocaux chez Blutopia pour les mettre gratuitement à disposition des épiceries vrac de La Rochelle.

Consigner

Pour aller encore plus loin, l’idéal serait de consigner tous les contenants en verre. Prenons l’exemple d’une bouteille. Une bouteille en verre consignée peut émettre jusqu’à 80 % de moins de gaz à effet de serre qu’une bouteille à usage unique sur l’ensemble de son cycle de vie. Evidemment, tout dépend des transports qui seront effectués, mais à l’échelle d’une région française, le bénéfice serait d’au moins 60 %. En fait, ce sont nos grands-parents et nos arrière-grands-parents qui avaient tout compris.

Notre sélection* : le retour de la consigne

🍶 Jean Bouteille

Huiles, bières, produits ménagers, savons, shampoings… Avec Jean Bouteille, on peut acheter presque tous les liquides dans des bouteilles en verre consignées. Leur mission ? Changer les codes de la distribution et lutter contre le tout jetable.

🍷

Oé, ce sont des vins bio et véganes dans des bouteilles en verre consignées. Absolument tout a été pensé pour limiter l’impact de l’emballage. La bouteille ne pèse que 405 grammes et est issue au maximum de la consigne. Le bouchon est en liège naturel, issu d’une forêt FSC. L’étiquette est en papier recyclé. La colle de l’étiquette est soluble dans l’eau. Que demander de plus ?

Pour aller plus loin : le sable, une ressource en voie de disparition

ℹ️ Infographie : « Le sable, une ressource qui pourrait bien nous filer entre les doigts » par l’ADEME en partenariat avec Qu’est-ce qu’on fait ?!

Si vous voulez comprendre tous les impacts liés à l’extraction du sable et découvrir des leviers d’action pour les limiter, cette infographie est pour vous. Qu’est-ce qu’on fait ?! sait partager des informations importantes sans que ce soit barbant, et ça fait toute la différence.

🎬 Film : Lost World

En 15 minutes, la réalisatrice Kalyanee Mam a su montrer comment les idées les plus folles des urbanistes de Singapour bouleversent la vie dans les mangroves du Cambodge. Un documentaire touchant à voir absolument.

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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