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Mercredi soir, j’étais à Commune Image à Saint-Ouen pour assister à la toute première projection de notre série documentaire L’autre confort dans une vraie salle de cinéma, organisée par Héloïse Lepinard, une bénévole de Blutopia. Je peux vous dire que c’est autre chose que sur l’ordinateur ! 

Après la diffusion de l’épisode 3, il y a eu un débat sur le thème « Manger sans (se) polluer » avec François Chapoulart, chef de cuisine engagé chez STEREO, et Benoit Cicilien, co-fondateur des Drêcheurs Urbains. On y a parlé de l’impact de l’alimentation sur l’océan. Vous vous en doutez, ça passe par les emballages de la vente à emporter. On pense souvent bien faire en optant pour du carton plutôt que du plastique, mais ce n’est pas si simple que ça.

Le problème : les emballages jetables de la vente à emporter

🧐 Le constat

Selon le Ministère de la Transition écologique, 200 millions de repas ont été livrés en France en 2019. En considérant que 3 emballages sont utilisés pour chaque repas livré, on arrive à 600 millions d’emballages à usage unique en une seule année.

Et le pire, c’est que ça ne fait qu’augmenter. Selon le cabinet Deloitte, le marché de la livraison de repas connaîtra une croissance de 10 % par an pour atteindre 25 milliards de dollars en Europe d’ici 2023. Les restrictions sanitaires liées au Covid ont même accéléré les choses. La vente à emporter représentait seulement 1 % du chiffre d’affaires du secteur de la restauration avant le confinement, et en représente désormais 8 %.

👣 Les impacts

Aluminium, polystyrène, polypropylène, carton… Les emballages utilisés diffèrent en fonction des restaurants et des repas livrés, mais peu importe celui que l’on choisit, l’impact n’est jamais très réjouissant. Et contrairement à ce qu’on pense, le plastique n’est pas toujours le pire.

Une étude australienne a montré que lorsque l’on ne prend en compte que les émissions de dioxyde de carbone, le plastique est plus écologique que le carton. Sur tout son cycle de vie, des matières premières utilisées à la gestion du déchet, en passant par l’énergie des usines qui l’ont fabriquée et le carburant qui a permis de la transporter, une boîte à pizza en carton émet 200 grammes de CO2. Une boîte en plastique en émet 160. Ça peut sembler infime quand on sait qu’on émet en moyenne 10 tonnes de CO2 par an et par personne en France, mais c’est quand même 10 % de l’empreinte carbone moyenne d’un repas. Essayez de multiplier ça par le nombre de repas que vous avez pris à emporter depuis le début de l’année, et vous verrez que ça commence à en faire, des grammes de CO2.

D’ailleurs, on a tendance à opposer plastique et carton, en se disant que le carton est bien mieux recyclé que le plastique et qu’il ne restera pas dans l’océan des centaines d’années sans se dégrader. C’est vrai, mais vous saviez que la plupart des emballages en carton de la vente à emporter sont recouverts d’un film plastique ? Pour la plupart des boissons et des plats, c’est indispensable car ça évite que le carton se déchire. Le problème, c’est qu’on ne sait pas recycler un emballage composé à la fois de carton et de plastique. Et puis, même s’il n’y a pas de film plastique, le carton est presque impossible à recycler une fois qu’il est souillé et recouvert de gras.

Mais ce n’est pas tout. Il n’y a pas que les émissions de gaz à effet de serre et les déchets produits qui comptent. Une étude menée par des scientifiques de l’Université de Manchester a justement pris en compte 12 critères pour évaluer l’impact des emballages de la vente à emporter, en particulier les boîtes en aluminium, en polystyrène et en plastique dur. Devinez quelle est la pire pour 7 des 12 critères ? La boîte en plastique dur.

Là, clairement, on n’est pas plus avancé qu’au début de la newsletter. Alors, on fait quoi au juste ?

La solution de la semaine : hiérarchiser

On a tendance à mettre toutes les solutions au même plan, alors qu’il faudrait plutôt les hiérarchiser. Par ordre de préférence, voilà ce que l’on peut faire : 

  • Réduire. Quitte à manger dehors, autant profiter de la terrasse ou de la salle du restaurant, non ? Ça évite les déchets, et un plat tout juste préparé est quand même meilleur qu’un plat réchauffé.
  • Réemployer. Quand c’est possible, on peut se déplacer pour aller chercher nos plats à emporter et utiliser nos propres contenants et couverts. Dans certains restaurants, on peut même utiliser les contenants réutilisables et consignés mis à disposition.
  • Revaloriser. Bien sûr, on ne peut pas toujours tout prévoir et ça peut arriver de devoir utiliser des emballages jetables en dernier recours. Dans ce cas, mieux vaut privilégier les restaurants qui utilisent des emballages compostables, comme ceux de Be Pulp faits à partir de bagasse de canne à sucre.

Plusieurs réglementations devraient favoriser des changements positifs dans les années à venir.

  • La loi anti-gaspillage prévoit que d’ici le 1er janvier 2022, les gobelets, les couverts, les assiettes et les récipients utilisés soient tous recyclables.
  • Une charte d’engagements volontaires a été signée en février 2021 par plusieurs acteurs du secteur au Ministère de la Transition écologique pour réduire l’impact environnemental de leurs emballages et développer le réemploi.

600 millions d’emballages jetables sont générés par la vente à emporter en France chaque année.

MINISTÈRE DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Notre sélection* : consignés ou comestibles

🍛 La consigne : GreenGo

GreenGo, c’est le premier réseau de restaurants sans emballage jetable. Le principe est simple. Vous commandez à emporter dans un restaurant, vous payez une consigne sur votre emballage réutilisable et vous dégustez sans faire de déchet. Une fois que vous avez terminé, vous rapportez votre contenant dans un restaurant partenaire pour qu’il soit lavé et remis en service. Depuis la création de GreenGo, 100 000 emballages ont été évités. Pour le moment, la solution n’est disponible qu’à Paris dans certains restaurants, mais aussi dans des entreprises et des supermarchés Franprix.

Je vous ai parlé de GreenGo, mais j’aurais aussi pu vous parler de ReconcilNoWWBare PackMiluboEn boîte le plat ou encore BoxEaty. De plus en plus d’initiatives voient le jour un peu partout en France. Aujourd’hui, le défi est de densifier les réseaux de consigne sur chaque territoire, mais aussi d’harmoniser les contenants proposés pour mettre en place des systèmes de lavage et de collecte communs et être rentables à la fois économiquement et écologiquement.

🍦 Les contenants comestibles : Vegetal Yogurt

Vegetal Yogurt, c’est le premier concept de frozen yogurt à base de lait végétal, 100% bio et zéro déchet. Basée dans les Landes, à Seignosse et Capbreton, l’équipe de Vegetal Yogurt prouve qu’il est possible de se faire plaisir sainement et sans faire de mal à la planète.

Leurs glaces sont servies dans des contenants qu’on n’a pas l’habitude de voir : les bols sont faits à base de fécule de pomme de terre et de fibres végétales revalorisées, et les cuillères sont en biscuit aromatisé. Vous vous en doutez, absolument tout se mange.

Pour aller plus loin : moins de jetable, plus de réutilisable

🎙 Podcast : « Quels sont les pires emballages de nos commandes à emporter ? » sur L’envert du décor par le Huff Post

Grégory Rozières et Matthieu Balut, journalistes scientifiques au Huff Post, se demandent comment réduire l’impact des emballages à usage unique utilisés pour transporter la nourriture du restaurant jusqu’au consommateur. Après avoir passé en revue les différents types d’emballages, leur conclusion est simple : « Ce n’est clairement pas en arrêtant de commander des repas livrés à domicile que vous sauverez la planète. Quitte à choisir, autant manger sans viande en livraison, qu’une côte de boeuf à la maison. »

🎬 Série documentaire : « L’autre confort » par Blutopia

Après la collecte et la revalorisation des déchets plastiques, on parle de leur réduction dans l’épisode 3 de notre série documentaire L’autre confort. Vous y découvrirez Muuse, un système de consigne mis en place dans les restaurants balinais, et plein d’autres solutions pour agir à la source du problème.

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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