L’océan recouvre 70,8 % de la surface de la planète et a une profondeur moyenne de 3 800 mètres. On parle souvent d’océans mais en réalité il n’y a qu’un seul et même Océan, connecté et continu. Il accueille 82 % de toute la vie de notre planète, ce qui en fait la biosphère la plus importante. Grâce à la stabilité du milieu et des conditions favorables, de nombreux écosystèmes ont pu se développer, interagir et ainsi donner naissance à la vie. Cependant, son immensité et ses profondeurs rendent son exploration difficile pour les humains. L’océan reste en grande partie un mystère puisqu’environ 2 millions d’espèces marines seraient encore à découvrir. Afin d’encourager la recherche, l’exploration et l’observation de l’océan, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable, qui aura lieu de 2021 à 2030. Cette initiative vise à mobiliser la communauté scientifique, les décideurs politiques, les entreprises, et la société civile pour améliorer la gestion des ressources de l’océan et des zones côtières. Menacé et perturbé par les activités humaines, l’océan est un équilibre essentiel à la planète et à l’humanité qui doit à tout prix être préservé.

Le poumon de la planète 

Presque tout l’oxygène respirable de la Terre provient de l’océan. Il s’est accumulé progressivement dans l’atmosphère grâce à des micro-organismes marins comme les cyanobactéries et les micro-algues planctoniques capables de réaliser la photosynthèse. Ce processus biologique est apparu dans l’océan il y a plus de 3 milliards d’années. Et oui, la photosynthèse n’est pas apparue dans les forêts que l’on cite si souvent en exemple pour en parler. C’est en absorbant la lumière du soleil que les micro-organismes marins ont réussi à produire de l’oxygène pour la première fois sur Terre. Progressivement, la teneur de l’atmosphère en oxygène a augmenté pour atteindre 21%, soit un million de milliards de tonnes d’oxygène.

Aujourd’hui, c’est dans ce réservoir que l’on puise pour respirer. Toute la vie en dépend. En revanche, si toute la matière organique présente sur Terre était brûlée en une seule fois, moins de 1% de l’oxygène de la planète serait consommé. Contrairement à ce que l’on pourrait laisser croire en disant que l’océan nous fournit une respiration sur deux, il y a donc assez d’oxygène dans l’atmosphère pour des millions d’années. Et tout ça, on le doit à l’océan !

Le régulateur du climat 

Véritable pompe à chaleur, l’océan capte 60% des rayons du soleil et a absorbé 93% de la chaleur produite par les activités humaines depuis la révolution industrielle. Le trop-plein de chaleur absorbé est redistribué dans des zones plus froides grâce aux courants marins. Par exemple, le Gulf stream apporte la chaleur puisée dans le golfe du Mexique vers l’Europe et permet à l’Ouest du continent de bénéficier d’un hiver doux avec en moyenne 15 degrés de plus que sur les côtes canadiennes. C’est donc un régulateur de chaleur indispensable. Sans l’océan, la température moyenne sur Terre serait de 50°C contre seulement 14,4°C aujourd’hui.

L’océan est aussi une pompe à carbone. Depuis 1870, il a absorbé pas moins de 150 milliards de tonnes de carbone et est capable d’en capter jusqu’à 100 millions de tonnes par jour. Aujourd’hui, environ 30 % des émissions de CO2 sont absorbées par l’océan.

Comment ? Principalement grâce à ce que l’on appelle la pompe physique. Pas de panique si vous n’êtes pas scientifique, c’est très simple. Le gaz se dissout dans l’eau et plus l’eau est froide, plus la quantité de gaz absorbée est grande. Mais ce n’est pas tout. 

Il y a aussi ce que l’on appelle la pompe biologique. Grâce à la capacité de séquestration du CO2 des phytoplanctons, l’océan absorbe davantage de carbone que l’atmosphère. En fin de vie, les phytoplanctons meurent et tombent au fond de l’océan, nourrissant les espèces abyssales comme les zooplanctons. Ces bactéries emportant plus de 10 milliards de tonnes de carbone par an au fond de l’océan et constituent ce que l’on appelle la pompe à carbone. 

Les écosystèmes tels que les mangroves ou les forêts sous-marines de kelp sont qualifiés de “carbone bleu” et absorbent eux aussi une partie du CO2 de l’atmosphère grâce à la photosynthèse en séquestrant le carbone dans leurs racines. Lorsque ces écosystèmes sont détruits, ils relâchent dans l’atmosphère le carbone piégé dans les sols. Cette capacité de séquestration du carbone fait partie des solutions d’atténuation du dérèglement climatique offertes par l’océan.

Seulement, plus l’océan absorbe de la chaleur et du carbone, plus il se réchauffe. Et un océan plus chaud entraîne une série de conséquences dramatiques.

Modification des courants marins et stratification de l’eau

L’augmentation de la température de l’eau et par la modification des taux de salinité due en partie à la fonte des glaciers apportant de l’eau douce modifient les courants marins et renforcent la stratification de l’eau. Concrètement, ça impacte les remontées de nutriments pour le plancton, l’oxygénation de l’eau et sa capacité de séquestration du dioxyde de carbone.

Désoxygénation 

Plus les eaux sont chaudes et plus la stratification est importante, moins elles contiennent d’oxygène. La désoxygénation des zones sous-marines pourrait entraîner l’asphyxie et la disparition de 1 % de toute la biomasse des animaux marins d’ici la fin du siècle. 

Acidification de l’eau

Comme n’importe quel autre liquide, l’océan a un pH ou potentiel hydrogène, qui permet de mesurer son degré d’acidité. Depuis plusieurs années, le pH de l’océan a tendance à diminuer pour devenir plus acide. Vous vous souvenez que l’océan absorbe près de 30 % des émissions de gaz à effet de serre ? C’est une des causes principales. Le problème, c’est que l’acidification de l’océan provoque des déséquilibres importants. Et ça affecte, entre autres, la capacité du plancton océanique et des coraux à se renouveler. Puisque ces espèces sont à la base de l’écosystème, toutes les autres espèces marines s’en retrouvent menacées.

Précipitations et événements extrêmes 

L’augmentation de la température provoque une modification du cycle des précipitations et la multiplication des événements extrêmes. 

Perte de biodiversité

La hausse des températures provoque des vagues de chaleur sous-marine entraînant le blanchiment des coraux et la migration voire la disparition d’espèces. D’ici 2100, dans un scénario de fortes émissions, c’est-à-dire la trajectoire actuelle, l’océan absorbera 5 à 7 plus de chaleur que depuis 1970, entraînant des dégâts irréparables.

Préserver les écosystèmes

Il est donc indispensable de préserver ces écosystèmes pour leurs fonctions d’atténuation d’une part et de mettre en œuvre des mesures d’adaptation au dérèglement climatique grâce aux solutions fondées sur la nature d’autre part. 

Il s’agit de se baser sur des ressources existantes dans la nature pour adapter les territoires aux impacts du changement climatique. Les récifs coralliens par exemple protègent les populations et les territoires face aux événements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents et puissants et contre les submersions marines. Les mangroves quant à elles permettent à 18 millions de personnes de réduire leur vulnérabilité face aux inondations et tempêtes.

Les écosystèmes marins permettent donc d’atténuer et de s’adapter face au changement climatique. Il existe aussi des solutions offertes par l’océan pour le climat. En voici quelques-unes identifiées par l’IDDRI, l’Institut du développement durable et des relations internationales :

  • Les solutions dites décisives comme les énergies marines renouvelables et le Carbon Capture and Storage qui consiste à enfouir dans l’océan du CO2 préalablement capté
  • Les solutions dites non prouvées telles que la bioénergie marine par capture et stockage de carbone, un processus consistant à extraire la bioénergie de la biomasse pour le stocker et donc le retirer de l’atmosphère, ou l’utilisation d’algues comme biomasse comme source d’énergie
  • Les solutions considérées comme risquées qui par exemple augmentent la capacité d’absorption de l’Océan en y injectant des produits absorbants

Cependant, l’augmentation de la concentration de CO2 diminue le pH et acidifie l’Océan. Les organismes avec des squelettes calcaires, comme les crabes ou les huîtres, se dissolvent peu à peu.  Selon le CIRAD, d’ici à 2050, plus aucun poisson ne sera comestible à cause de l’acidification des océans et du réchauffement !

La disparition d’écosystèmes marins entiers à cause du réchauffement climatique entraîne à son tour l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère puisque les puits de carbone disparaissent et ainsi de suite, augmentant les effets du changement climatique. 

Compter sur l’océan pour absorber le CO2 n’est pas une solution viable puisque l’augmentation de son taux d’acidification perturbe tous les écosystèmes et donc sa fonction essentielle de régulateur du climat.

Il apparaît donc essentiel de mettre en œuvre des actions efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à la source. Selon le rapport de 2019 de l’IPBES, le GIEC de la biodiversité, 66 % de l’océan subit de façon croissante les impacts de l’activité humaine. 

Les expert·e·s soulignent l’importance de développer un cadre de gouvernance régional sur l’usage durable et la conservation de l’océan. Un accord international permet d’établir les fondements, mais la coopération régionale est nécessaire pour mettre en place les mesures décidées, permettre le contrôle et la surveillance. Tout comme les mesures prises pour l’air, le fait que l’océan soit vaste implique que les politiques de coopération régionale sont plus efficaces que les locales. 

En attendant que des décisions de plus grande ampleur soient prises, vous pouvez déjà agir individuellement en vous engageant dans une démarche zéro déchet, en adoptant un régime alimentaire végétal ou encore en changeant de banque

Capucine Bossé

Capucine Bossé

Bénévole de Blutopia

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