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Si je vous dis pollution, vous pensez certainement aux plages de plastiques à Bali, aux gaz d’échappement des voitures dans les bouchons sur le périph’ parisien, aux fumées opaques des usines qu’on essaye de cacher dans le village de vos grands-parents, à la dernière marée noire sur l’île Maurice… Mais je suis prête à parier que vous avez oublié quelque chose. Une source de pollution invisible, et pourtant bien présente. Les banques. Elles pèsent 400 000 milliards de dollars dans le monde. Pour vous donner une idée, c’est 4,5 fois plus que le PIB mondial. Et clairement, leurs investissements ne sont pas faits pour plaire aux membres du GIEC.

Le problème : notre argent accélère le dérèglement climatique

80%. C’est la part des émissions de dioxyde de carbone qui proviennent des énergies fossiles. Pour y mettre fin, la solution paraît simple : arrêter de financer les projets d’exploitation du gaz, du charbon et du pétrole. Pourtant, on n’est pas vraiment sur la bonne voie. Le financement des énergies fossiles ne fait que croître depuis l’Accord de Paris sur le climat. En 2019, ça représentait 735 milliards d’euros pour les 4 plus grandes banques françaises, soit 70% de leurs investissements énergétiques.

Et tout ça, grâce à notre argent. Qu’il soit sur un compte courant, un livret d’épargne ou une assurance vie, notre argent permet aux banques de financer massivement des entreprises qui aggravent le dérèglement climatique et participent au déclin de la biodiversité. Selon Oxfam France, l’empreinte carbone des banques françaises représente près de 8 fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière. 8 fois. Vous avez bien lu. A ce rythme, on va tout droit vers un réchauffement de plus de 4°C d’ici à 2 100. Bien loin de l’objectif de 1,5°C…

Toujours selon Oxfam France qui estime que les Français·es ont en moyenne 25 000 euros sur leurs comptes bancaires, on polluerait plus à travers ce que finance notre argent que par notre propre consommation. Si l’on prenait en compte les émissions de gaz à effet de serre de notre argent, notre empreinte carbone serait 2 fois plus élevée.

Lucie Pinson, directrice générale de Reclaim France, est catégorique sur le constat. Les engagements des banques sont largement insuffisants. « Au lieu d’adopter une approche rigoureuse permettant de prévenir l’expansion des énergies fossiles et d’en faciliter la sortie progressive, les banques suivent une approche à la carte, réduisant leurs financements à une partie des énergies fossiles pour mieux les augmenter ailleurs. »

La solution : notre argent est une opportunité pour l’océan

Pour Alexandre Poidatz, porte-parole d’Oxfam France, « la finance représente autant un danger qu’une opportunité pour la planète », et donc, pour l’océan qui en fait partie. D’ailleurs, si vous ne l’avez pas encore compris, les grandes banques participent aussi indirectement à la destruction de l’océan. C’est la raison pour laquelle je vous en parle ici. Souvenez-vous, l’océan absorbe 30% des émissions de gaz à effet de serre et capte jusqu’à 100 millions de tonnes de dioxyde de carbone par jour. Aujourd’hui, c’est une des causes principales de l’acidification de l’océan. Alors plus on finance les énergies fossiles, plus on encourage les émissions de gaz à effet de serre, plus l’océan en absorbe, plus il devient acide et plus la biodiversité est menacée…

En tout cas, si notre argent a un impact négatif aujourd’hui, il peut forcément avoir un impact positif demain. Pour se rapprocher de cet impact positif, les banques ont mis en place des obligations vertes. Le but est de faire en sorte que les emprunts qui visent à financer des projets en faveur de la protection de la planète soient facilement identifiables par celles et ceux qui souhaitent prêter leur argent. Mais ce n’est pas si simple. En réalité, aucune règle ne permet de définir ce que sont, concrètement, les obligations vertes. En 2017, Attac a montré que cet instrument financier n’apportait pas assez de garantie et ne permettait pas d’exclure le financement de projets polluants. Lorette Philippot, chargée de campagne finance privée au sein de l’ONG Les Amis de la Terre, est persuadée que l’on ne peut pas faire l’impasse sur des mesures contraignantes. « La nécessaire sortie des charbon, pétrole et gaz ne pourra se faire à temps qu’à condition que le gouvernement contraigne dès ce jour les banques à se mettre au pas du climat. »

Selon le sondage OpinionWay pour Hélios, 80% des Français·es jugent que les banques doivent changer la façon dont elles investissent leur argent, notamment pour financer l’économie réelle, locale, et lutter contre le réchauffement climatique. Alors en attendant que les membres de notre gouvernement décident de passer à l’action, on peut déjà impulser le changement ensemble. Voilà ce que je vous propose :

  • Renseignez-vous. Demandez à votre banquier·e ce que finance votre argent. Avec un peu de chance, vous apprendrez quelque chose. Mais le secteur bancaire est tellement opaque que vous n’aurez sans doute aucune réponse. Il va falloir continuer à creuser…
  • Allez calculer l’empreinte carbone de votre compte bancaire sur le site d’Oxfam France. Attention, asseyez-vous : vous risquez d’être surpris·es !
  • Si, comme moi, vous trouvez que c’est bien trop élevé, vous n’avez plus qu’à changer de banque. C’est une des actions écolos les moins contraignantes, et pourtant son impact peut être énorme.

Notre sélection* : coopératives et néo-banques éthiques

La Nef

La Nef est une coopérative financière qui offre des solutions d’épargne et de crédit orientées vers des projets ayant une utilité sociale, écologique ou culturelle. Aujourd’hui, c’est l’unique établissement bancaire français qui publie chaque année un bilan des financements effectués grâce à l’argent confié par ses sociétaires. Et ça, ça me rend encore plus fière d’en faire partie ! Sur leur site, on peut même trouver une cartographie des projets financés. Impossible de faire plus transparent.

Crédit Coopératif

Le Crédit Coopératif offre des solutions d’épargne et de crédit, mais aussi de comptes courants : un bon complément à La Nef qui n’en propose pas. La banque s’engage, entre autres, à ne financer que l’économie réelle, et pas la spéculation boursière. C’est d’ailleurs au Crédit Coopératif que l’on vient de transférer le compte bancaire de Blutopia, qui était au Crédit Mutuel depuis 2 ans.

Hélios

Hélios s’est fixée une ambition : dépolluer la banque. Comment ? En proposant des services dignes des dernières fintechs, tout en ne finançant que des projets qui contribuent réellement à la transition écologique. C’est garanti : pas un seul euro n’ira aux entreprises qui représentent un risque pour la planète. Suivez-les de près : l’ouverture des premiers comptes est imminente. J’attends ça avec impatience depuis des mois !

Green Got

Avec Green Got, « rien ne change pour vous, mais tout change pour Elle », la Planète. Si vous optez pour cette néobanque verte, votre argent ne financera plus jamais les énergies fossiles et les industries polluantes, et vous pourrez même investir votre épargne dans des projets engagés. En attendant le lancement prévu en janvier 2021, vous pouvez vous pré-inscrire sans engagement et parrainer vos proches. Ça permettra de soutenir, au choix, la replantation d’arbres en agro-foresterie ou la replantation de coraux dans l’océan indien.

Pour aller plus loin : comprendre et reprendre le pouvoir de notre argent

🤓 Rapport : « Banques : des engagements climat à prendre au 4e degré » de Oxfam France

Le dernier rapport de Oxfam France sur l’empreinte carbone des principales banques françaises, sorti fin octobre 2020, a de quoi vous faire bondir de votre lit (oui, on est dimanche matin en plein confinement, alors vous êtes sans doute encore au lit). Les chiffres sont stupéfiants. 

📕 Livre : « Redonner du pouvoir à son argent » de Julien Vidal

Bon, j’avoue, je n’ai pas encore eu le temps de lire le dernier livre de Julien Vidal, mais je ne pouvais pas passer à côté pour cette newsletter. Je connais bien son travail et je suis convaincue qu’il nous permet de comprendre facilement l’impact de notre argent, tout en nous donnant des pistes concrètes pour créer une nouvelle économie plus respectueuse des vivant·e·s.

🎙 Podcast : « Les grands enjeux de la finance durable » sur Basilic Podcast avec Julia Ménayas & Maëva Courtois de Hélios

Pendant l’acte 1 du confinement, Jeane a reçu les fondatrices de Hélios sur Basilic Podcast. En 20 minutes, elles arrivent à dresser le tableau de la situation et présenter les grands enjeux de la finance durable.

Vous avez une question ou une suggestion ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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