En 1997, le navigateur américain Charles Moore a fait la découverte du Great Pacific Garbage Patch : le gyre du Pacifique nord. Alors qu’il faisait un détour improvisé pour regagner son port d’attache en Californie après une course à la voile à Hawaï, il est tombé sur une accumulation de déchets plastiques. Depuis, celle-ci n’a jamais cessé de s’étendre, à tel point qu’on la nomme désormais le continent de plastiques, ou septième continent. On en a tellement entendu parler qu’on croit le connaître, mais vous avez sans doute encore des choses à apprendre sur le continent de plastiques.

C’est quoi au juste, le continent de plastiques ?

On parle communément de continent de plastiques pour désigner cet endroit dans l’océan où s’agglutinent les déchets plastiques, situé près des côtes de l’Amérique du Nord entre Hawai et la Californie. En réalité, il ne s’agit pas d’un seul et même continent, mais de plusieurs îlots de déchets plastiques qui se sont formés au niveau des gyres, des tourbillons d’eau formés par des courants marins influencés par la rotation de la planète et la pression des pôles. Au fil du temps, chaque îlot prend de plus en plus de place dans l’océan.

En 2018, on estimait que le continent de plastiques couvrait 1,6 million de km², soit 3 fois la superficie de la France. Rien que ça. Il contiendrait 1 800 milliards de morceaux de plastiques pour un poids total de 80 000 tonnes. Vous ne savez pas ce que ça représente ? Nous non plus. Mais ce que l’on sait, c’est que c’est beaucoup trop ! 

Filets de pêche, couches, bidons, pailles, brosses à dents, sacs en plastique… On trouve absolument de tout. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces 1 800 milliards de morceaux de plastiques sont, pour la plupart, des microplastiques. En clair, des particules de plastiques de moins de 5 mm qui s’accumulent à la surface et jusqu’à 30 mètres de profondeur dans la colonne d’eau. Celles-ci sont tellement petites qu’il est parfois difficile de les apercevoir à l’œil nu. De plus en plus de scientifiques parlent désormais de soupe de plastiques. Rien à voir donc avec l’image que l’on se fait d’un continent de plastiques constitué de gros déchets flottant à la surface de l’océan. 

Et au-delà du gyre du Pacifique nord, d’autres zones d’accumulation ont été identifiées : Pacifique sud, océan Indien, Atlantique nord et sud. Aucun bassin océanique ne passe à travers les mailles du filet. Il n’y a donc pas un, mais plusieurs continents de plastiques.

Les gyres océaniques à l'origine des continents de plastiques

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis des décennies, on utilise le plastique en grande quantité et au quotidien. En 1968, la première bouteille en plastique apparaît en France et l’engouement autour de ce matériau n’a cessé d’augmenter depuis. Dans le monde, la production de plastiques croît en moyenne de 8,5% par an depuis 1950. Mais alors, pourquoi le plastique plaît-il (ou, du moins, plaisait-il) autant ? La réponse est simple. Il s’agit d’un matériau modelable, léger, résistant… et, cerise sur le gâteau, il n’est pas cher. Le problème, c’est que ce n’est pas sans conséquences pour la planète. 

Vous vous dites certainement que ce ne sont pas les plastiques que l’on utilise sur terre qui finissent sur les continents de plastiques, puisqu’on les trie et les recycle. En même temps, l’émergence du recyclage nous a donné une bonne excuse pour consommer encore plus de plastiques. Lorsqu’une bouteille en plastique est collectée et envoyée en centre de tri, elle est séparée des autres déchets et mise avec d’autres emballages du même type dans ce que l’on appelle des balles de déchets. Celles-ci sont ensuite vendues par le centre de tri aux recycleurs qui vont les laver, les broyer en granulés et les transformer en de nouveaux objets avant de les remettre sur le marché. 

Ça, c’est le scénario idéal. Mais en réalité, la collecte des déchets et le recyclage sont souvent mal organisés, si ce n’est inexistants. Et les quantités de déchets sont si grandes qu’il est devenu presque impossible de suivre la cadence. Résultat ? Les déchets se perdent dans la nature ou sont envoyés dans des décharges à ciel ouvert avant de finir leur course sur la plage, dans les cours d’eau ou dans l’océan. 

Et rappelez-vous, les déchets que l’on trouve le plus au cœur des continents de plastiques sont en fait des microplastiques. Ceux-là peuvent être issus de la dégradation des plus morceaux de plastiques, ou provenir du lavage en machine des textiles synthétiques, de l’utilisation de cosmétiques contenant des microplastiques ou encore de l’abrasion des pneus de voitures. Dans ce cas, le recyclage n’est plus une option. Les microplastiques sont si petits qu’il est quasiment impossible de les récupérer.

Des conséquences inquiétantes pour la santé de l’océan… et la nôtre

Les conséquences de cette forte pollution plastique sont désastreuses pour la santé de la planète et pour la biodiversité. La présence de déchets plastiques au sein de l’océan met en danger la faune et la flore. D’après l’Unesco, plus d’un million d’oiseaux marins et plus de 100 000 mammifères marins meurent chaque année à cause du plastique qui règne dans leur habitat. 

Et ce ne sont pas les seuls concernés. Les conséquences de l’utilisation massive du plastique au quotidien touchent aussi les humains. En effet, l’ensemble du cycle de vie de ce matériau a des effets négatifs sur notre santé.

  • L’extraction et le transport de matières premières telles que le pétrole, le gaz ou le charbon entraînent la libération dans l’air, dans l’eau et dans les sols de substances chimiques et toxiques. 
  • Lors de la transformation des matières premières en plastique, des éléments toxiques et cancérigènes sont libérés à cause des additifs chimiques utilisés pour modifier la couleur, la forme et la solidité du plastique. 
  • L’utilisation des emballages et des produits faits à partir de plastique impacte . Selon un rapport du WWF, on ingèrerait en moyenne l’équivalent d’une carte bancaire de plastiques par semaine.

Vous l’avez compris : il est nécessaire d’agir tant qu’il en est encore temps.

Nos propositions d’actions pour réduire la taille des continents de plastiques

L’extension de ces continents de plastiques n’est pas une fatalité si chacun·e contribue à limiter ses déchets plastiques et montrer aux industries que le temps où le plastique était fantastique est terminé. Voici quelques idées d’actions pour préserver l’océan.

1- Réduire ses déchets 

Dans un premier temps, il s’agit de limiter au plus ses déchets. Et ça, ça se passe surtout en amont du processus d’achat. Il est important de considérer les produits que l’on s’apprête à acheter avant de franchir le pas. En a-t-on réellement besoin ? N’a-t-on pas déjà un produit similaire ? Prenons l’exemple des appareils électroménagers. Presque tous contiennent des composants en plastique et sont, en plus, emballés dans du plastique. Pour éviter qu’ils ne viennent alimenter les continents de plastiques, mieux vaut se renseigner sur leur durabilité et leur empreinte écologique. L’indice de réparabilité peut être un bon outil. Il a été mis en place en janvier 2021 sur 5 catégories de produits : les lave-linge à hublot, les smartphones, les ordinateurs portables, les téléviseurs et les tondeuses à gazon électriques. Il s’agit d’une note de 0 à 10 qui vous permet d’évaluer la réparabilité de votre appareil.

Si vraiment vous devez consommer et acheter quelque chose, essayez d’opter pour de la seconde main au lieu d’acheter neuf. La seconde main permet de ralentir la production et les déchets de masse. Pour l’électronique, vous pouvez vous tourner vers le site BackMarket. Et pour l’électroménager, le site Nouveaux-Consos propose des annonces de seconde main ainsi que des informations sur la durabilité des produits afin que vous puissiez le garder le plus longtemps possible !

2- Eviter l’usage unique

Les produits en plastique à usage unique doivent disparaître progressivement de notre quotidien. D’ailleurs, il a été décidé récemment d’en interdire certains et la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire datant de février 2020 prévoit “la fin de la mise sur le marché d’emballages en plastique à usage unique d’ici à 2040”. Pour l’heure, les pailles, couverts jetables, touillettes, couvercles des gobelets à emporter, boîtes en polystyrène expansé, piques à steak, tiges pour ballons, confettis en plastique et tous les objets en plastique oxo dégradable, c’est-à-dire qui se fragmentent sous l’effet de rayonnements ultraviolets, mais qui ne sont pas assimilables par les microorganismes naturels, sont interdits. 

Malgré la loi, certains fabricants continuent de proposer des plastiques à usage unique en mentionnant simplement sur l’emballage qu’ils sont réutilisables. Une manière de remettre la faute sur nous, les consommateur·rice·s, si leurs produits ne sont pas réutilisés et finissent dans la nature. Pire encore, des produits dits biodégradables ont vu le jour, mais leur structure chimique ne diffère pas des plastiques habituels et certains contiennent encore une part de matériaux pétro-sourcés. La meilleure alternative pourrait être du côté des produits à usage unique dits compostables. Mais là encore, ce n’est pas si simple. Le temps et les conditions de compostabilité nécessaires à l’assimilation du matériau par les sols sont rarement mentionnés. La plupart de ces biodéchets ne sont compostables qu’industriellement et, pour le moment, les biodéchets ne sont ni collectés ni revalorisés à grande échelle en France.

Bref, le plus efficace reste encore d’éviter l’usage unique lorsque c’est possible. Essayez de trouver des alternatives pour éviter d’accroître la pollution plastique et limiter le poids de vos poubelles. Boire dans une gourde, consommer en vrac, utiliser une brosse à dents à tête rechargeable, opter pour des emballages alimentaires réutilisables, choisir des vêtements aux fibres naturelles… Ce sont autant de petits gestes qui peuvent avoir leur importance.

3-Arrêter de manger du poisson

Selon une étude menée par The Ocean Cleanup, 46 % de la masse de déchets flottant dans l’îlot de déchets du Pacifique Nord sont en fait… des filets de pêche. Clairement, mieux vaut arrêter de manger du poisson que de dire non aux pailles en plastique si l’on veut en finir rapidement avec les continents de plastiques.

4- Nettoyer l’océan

Il existe aujourd’hui des centaines d’initiatives qui ont pour objectif de nettoyer l’océan. Le projet Manta lancé par The SeaCleaners devrait voir le jour à partir de 2024. Il s’agit d’un bateau capable de ramasser des déchets plastiques qui flottent dans l’océan afin de traiter “5 000 à 10 000 tonnes de déchets plastiques par an”. The Ocean Cleanup ou The Great Bubble Barrier agissent déjà en amont en récupérant les déchets dans les cours d’eau avant qu’ils ne terminent dans l’océan.

Dès aujourd’hui, chacun·e peut contribuer à améliorer la santé de l’océan en ramassant les déchets plastiques à son échelle. En agissant ensemble, on peut tenter de ralentir l’expansion des continents de plastiques. Stand up For the Planet propose par exemple de louer un paddle en échange d’un geste écoresponsable. Pour une semaine de location, vous devez participer à 3 sessions de ramassage de déchets sur la plage. 

Mais avant de se lancer dans le grand nettoyage de l’océan, il faut garder en tête que les déchets récupérés sont la plupart du temps trop dégradés pour être revalorisés. Ils finiront probablement tôt ou tard de nouveau dans l’océan. L’intérêt des collectes, au-delà de nettoyer l’océan, est de sensibiliser et faire prendre conscience de notre impact. Ce que l’on retrouve dans la nature, c’est ce que l’on utilise tous les jours chez nous.

5- S’engager pour la défense de l’océan

Évidemment, l’engagement en faveur de la protection de l’océan est essentiel. Pour agir, vous pouvez vous engager auprès d’associations comme Sea Shepherd ou Surfrider. Vous pouvez aussi devenir adhérent·e ou bénévole de Blutopia ou encore faire un don à l’association pour nous soutenir dans cette démarche. 

Que ce soit en allant sur le terrain, en partageant des campagnes de sensibilisation ou en apportant une aide financière, vous deviendrez acteur·rice de la protection de l’océan. Les solutions existent pour réduire l’impact catastrophique des plastiques sur l’ océan et les espèces qui y vivent. C’est maintenant qu’il faut agir.

Ophélie Guibert

Ophélie Guibert

Chargée de communication chez Nouveaux-Consos

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