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Les algues me fascinent. Ces organismes marins sont capables du meilleur, comme du pire. À l’image des plantes sur terre, elles ont le pouvoir de capter nos émissions de gaz à effet de serre et de produire de l’oxygène à travers la photosynthèse. Et tout ça, directement depuis l’océan. Mais quand certaines d’entre elles s’accumulent, ça ne sent bon ni pour la biodiversité autour, ni pour nous.

Le problème : la prolifération des algues néfastes

🧐 Le constat

Les algues vertes sont naturelles et présentes sur de nombreux littoraux à travers le monde. Elles ne posent aucun problème… jusqu’à ce qu’elles se développent de manière excessive, créant ce que l’on appelle les marées vertes. Les premières ont eu lieu en 1968, dans les baies de Lannion et Saint-Brieuc en Bretagne. Et depuis cette date, le phénomène ne fait que s’amplifier.

En cause ? La combinaison de plusieurs facteurs :

  • La morphologie du littoral : dans les baies fermées, peu profondes et en pente douce, les algues sont peu exposées à la houle et bénéficient d’une eau claire, ce qui leur permet de proliférer plus facilement
  • Les conditions météorologiques
  • L’azote : l’azote, sous forme de nitrates issus des engrais agricoles et des effluents des élevages porcins, est transporté par les cours d’eau jusqu’au littoral et vient nourrir les algues

Au final, l’écosystème emmagasine tellement de nutriments qu’il n’est plus en mesure de les décomposer par lui-même et finit par faire une indigestion. C’est l’eutrophisation du milieu.

🦪 Un danger pour la biodiversité locale

En proliférant, les algues vertes étouffent le milieu marin, bloquent la lumière et empêchent la photosynthèse des végétaux qui produisent de l’oxygène. En plus de ça, les organismes qui les décomposent, les décomposeurs, sont contraints d’utiliser de l’oxygène pour les décomposer. Les algues vertes peuvent alors laisser de vastes zones mortes dans lesquelles peu d’espèces peuvent survivre.

🤒 Un problème de santé publique

En séchant, les algues vertes forment une croute blanche sous laquelle se développe un gaz toxique et nauséabond : l’hydrogène sulfuré. Il peut provoquer différents symptômes d’intoxication en fonction de la quantité de gaz libéré et de la proximité de la source : toux et autres troubles respiratoires, rhinites, maux de tête, étourdissements, irritations oculaires, photophobies, nausées, troubles digestifs, malaise pouvant aller jusqu’à la perte de connaissance… et l’arrêt cardiaque dans les cas les plus graves.

Quand certaines algues s’accumulent, ça ne sent bon ni pour la biodiversité autour, ni pour nous.

La solution de la semaine : interdire les plages ?

En Bretagne, de plus en plus de plages sont interdites aux promeneur·se·s et aux baigneur·se·s pour éviter les scandales sanitaires. C’est une solution d’urgence, mais ce n’est clairement pas soutenable. Surtout quand on sait que des hommes continuent d’aller ramasser les algues vertes chaque jour pour tenter d’endiguer le problème en mettant leur vie en danger…

🚜 Modifier les pratiques agricoles

La morphologie du littoral et les conditions météorologiques ont un rôle important dans le mécanisme de prolifération des algues vertes, mais il est impossible d’agir sur ces facteurs. En revanche, il y a un levier d’action qui peut être particulièrement puissant : priver les algues de leurs nutriments.

Et pour ça, il est indispensable de réduire les flux de nitrates. En fait, il faudrait atteindre un taux de nitrates dans les cours d’eau bretons de 10 mg par litre pour diminuer de moitié le volume d’algues vertes. Quand on sait qu’aujourd’hui, le taux de nitrates se situe autour de 30 mg par litre, on en est encore loin. Ça fait des années que la Bretagne dit que les taux recommandés vont être atteints, mais qu’il lui faut des délais plus longs. En réalité, elle préfère sans doute laisser les agriculteur·rice·s (et le lobby agroalimentaire) tranquilles.

Pourtant, les solutions existent. Il s’agit de modifier en profondeur les pratiques agricoles en réduisant les apports d’azote, en encourageant l’agriculture biologique et en limitant l’élevage.

🍙 Cultiver les bonnes algues

Si les algues peuvent aller jusqu’à tuer, elles peuvent aussi avoir des pouvoirs insoupçonnés. Aucun autre aliment n’apporte une telle variété de minéraux et nutriments… tout en ayant un bilan carbone faible. Et comme je vous l’ai déjà dit, les algues sont capables de capturer le dioxyde de carbone et de produire de l’oxygène. Alors, qu’est-ce qu’on attend pour mettre des paillettes (d’algues) dans nos vies ?

Pour aller plus loin : les algues à toutes les sauces

📕 Livre : « Algues vertes, l’histoire interdite » de Inès Léraud et Pierre van Hove

3 hommes et 40 animaux retrouvés morts sur les plages bretonnes en 50 ans à cause des algues qui s’accumulent. Cette bande-dessinée nous plonge dans un récit qui semble fictif, mais qui est pourtant bel et bien réel. Une enquête sur un phénomène alarmant et des jeux de pouvoir vertigineux.

📹 Reportage : « Des hommes et des algues » sur Envoyé Spécial

Ça fait un moment que j’ai prévu de traiter le sujet des algues dans cette newsletter du 12 septembre. Et ça tombe bien, parce que la dernière émission Envoyé spécial y était consacrée. Clément Le Goff enquête sur les terres de son enfance, à Hillion dans les Côtes-d’Armor, où la moitié de toutes les algues vertes de la Bretagne se concentrent.

🗞 Article : « Alimentation : remplacer le poisson pour limiter la surpêche » par Blutopia

Les algues sont idéales pour retrouver un bon goût iodé dans son assiette sans détraquer l’océan. Dans cet article, ou vous explique pourquoi il faut arrêter de manger du poisson, et comment le remplacer facilement.

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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