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À la base de notre alimentation, il y a les graines. C’est le premier maillon, et il est absolument indispensable. Sans celles-ci, il n’y a ni fruit, ni légume, ni céréale. Et pourtant, depuis plusieurs dizaines d’années, on a laissé les grandes multinationales s’en emparer. En brevetant les semences, c’est le vivant qu’elles ont privatisé.

Le problème : les semences industrielles

🧐 Le constat

Aujourd’hui, presque tous les fruits, légumes et céréales que l’on mange sont issus de semences industrielles. Concrètement, ce sont des semences sélectionnées en station d’expérimentation ou en laboratoire par des semencier·e·s professionnel·le·s qui donnent naissance à des variétés à haut rendement.

En 2014, le marché pesait 40 milliards d’euros et était dominé à 60% par 3 groupements qui se sont mis au défi de devenir propriétaires des graines :

  • Bayer-Monsanto
  • Dupont-DOW
  • ChemChina-Syngenta

Vous savez, ces multinationales de l’agro-pharmaco-pétro-industrie qui n’ont aucun scrupule à détruire le vivant tant que ça reste rentable. Leur influence est si grande que les États et la plupart des syndicats agricoles semblent n’avoir d’autre choix que d’en être complices.

En France, il existe même un catalogue officiel des variétés. Il s’agit d’un catalogue regroupant les semences certifiées que les paysan·ne·s ont le droit de semer. Pour un usage professionnel, seules la vente et l’échange de semences inscrites à ce catalogue sont autorisées. Il est donc presque inévitable d’acheter les graines et payer des royalties sur les graines semées aux multinationales qui en détiennent les brevets.

Et puisque la course à la lucrativité est infinie, les géants mondiaux ont fait en sorte que les semences qu’ils vendent, notamment les semences hybrides issues de gènes croisés, ne se ressèment pas d’une année sur l’autre. Ainsi, les paysan·ne·s sont obligé·e·s d’acheter de nouvelles semences chaque année pour pouvoir continuer à nous nourrir.

🚜 Des conséquences à tous les niveaux

Vous vous en doutez, tout ça n’est pas sans conséquences. Depuis l’apparition des semences industrielles, 75% des plantes cultivées ont disparu. C’est ce qu’on appelle l’érosion génétique, c’est-à-dire la perte biodiversité, qui concerne en particulier les semences adaptées aux terroirs.

En fait, les semences industrielles ne correspondent pas aux besoins d’une agriculture moins intensive, comme l’agriculture biologique de petite échelle. Pour les cultiver, il faut utiliser engrais et produits phytosanitaires, ce qui affecte la faune et la flore et dégrade les sols et les cours d’eau. Je parlais justement de l’impact des pesticides sur l’océan dans une newsletter de février dernier.

On pourrait penser que l’industrie a, au moins, permis d’améliorer les apports nutritionnels de ce que l’on mange, mais c’est tout l’inverse. Plus le rendement d’une semence augmente, moins il y a de nutriments.

Sans compter que la souveraineté alimentaire est totalement remise en question puisqu’il est devenu presque impossible de ressemer des graines d’une année sur l’autre sans avoir à faire appel aux multinationales qui les détiennent.

En 2014, le marché pesait 40 milliards d’euros et était dominé à 60% par 3 groupements qui se sont mis au défi de devenir propriétaires des graines.

XERFI

La solution de la semaine : les semences paysannes

🌱 S’adapter aux terroirs… et au changement climatique

Pour trouver la solution, il faut faire un retour vers le passé. Les semences paysannes, celles que l’on a utilisées pendant des milliers d’années, sont des graines libres de droits sélectionnées et reproduites par les paysan·ne·s en adéquation avec leur territoire et leur climat.

Contrairement aux semences industrielles qui ne font pousser que des clones, il y a, avec les semences paysannes, une certaine hétérogénéité entre les plantes. Ça permet une meilleure capacité d’adaptation et, au final, une plus grand résistance dans le temps.

✊ Revendiquer le droit de semer librement

S’il est interdit de vendre les semences paysannes pour un usage professionnel, il est en revanche autorisé de commercialiser les produits issus d’une variété non inscrite au catalogue. La législation française fait toujours dans la cohérence !

Alors aujourd’hui, de plus en plus de paysan·ne·s optent pour la désobéissance civile et revendiquent le droit de semer librement et de vendre des semences paysannes pour faire perdurer les savoirs acquis depuis des millénaires.

Pour les aider, voici ce que vous pouvez faire :

  • Boycotter drastiquement tous les produits issus de la grande distribution
  • Consommer local, bio et issu de semences paysannes
  • Faire votre propre jardin à la campagne
  • Transformer les parcs paysagers inutiles en garde-mangers citadins en ville
  • Faire du lobbying auprès des agriculteur·rice·s et maraîcher·e·s locaux·ales pour les sensibiliser à l’agriculture biologique et aux semences libres et reproductibles
  • Faire du lobbying auprès des distributeur·rice·s bio locaux·ales afin de les responsabiliser face à la montée de la bio-industrielle

Notre sélection* : résister

Kokopelli

Une révolution fertile et vivante, c’est ce que tente de faire advenir Kokopelli depuis 1999. Aujourd’hui, l’association répertorie et distribue les semences de 1 400 à 2 000 espèces ou variétés de fruits et légumes rares selon les saisons. Cette gamme unique est un vrai trésor à protéger et à transmettre à celles et ceux qui veulent semer autrement.

Koal Kozh

« Vieux chou » en breton, « bien commun » en russe. C’est ce que signifie Kaol Kozh. Si de nombreuses espèces ou variétés sont en passe de disparaître, il existe encore des choux de Lorient, des oignons d’Erdeven, des haricots coco de Pont L’Abbé ou de Belle Ile. C’est pour les préserver que cette association bretonne existe.

Pour aller plus loin : 1% vs. 99%

📹 Reportage : « Multinationales : hold-up sur nos fruits et légumes » sur Cash Investigation

Elise Lucet, Linda Bendali et l’équipe de Cash Investigation ne passent pas par quatre chemins pour enquêter sur les semences à l’origine des plantes que l’on mange. Un bon aperçu des enjeux liés à la privatisation des graines par une poignée de géants mondiaux.

🎬 Film : « La guerre des graines » par Clément Montfort et Stenka Quillet

Marchandise ou bien commun de l’humanité ? C’est la question que pose ce documentaire de 90 minutes au sujet des graines. À voir sur la plateforme de la transition, Imago TV.

📕 Livre : « 1% : reprendre le pouvoir face à la toute-puissance des riches » de Vandana Shiva

Si vous voulez remonter aux origines du problème, ce livre est fait pour vous. Vandana Shiva explique comment 1 % de la population de la planète nous a conduit à la catastrophe sociale et écologique. Un hymne au droit de vivre, penser, respirer et manger librement.

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

*Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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