⏱ Temps de lecture : 4 minutes

Contrairement aux immeubles ou aux humains, la planète, elle, ne grandit pas. Elle a des limites. Le problème, c’est que jusqu’à présent, on les ignore. Et on en a déjà franchi quelques-unes. En 2020, j’écrivais mon mémoire de fin d’études pour obtenir mon diplôme de l’ESCP Business School. Et oui, j’ai été formée dans une école créée par un homme qui n’avait pas compris que les ressources naturelles pouvaient finir par s’épuiser.

Bref, je disais : en 2020, j’écrivais mon mémoire de fin d’études et je découvrais un concept : l’Anthropocène. C’est le nom que donnent plusieurs scientifiques à l’ère dans laquelle nous vivons. L’empreinte de l’humanité est telle qu’elle rivalise désormais avec les grandes forces de la nature.

Pour éviter le désastre, une équipe de chercheur·se·s menée par Johan Rockström et Will Steffen a identifié, en 2009, 9 limites planétaires qui ne doivent pas être dépassées au risque de quitter l’ère de l’Holocène et basculer définitivement dans celle de l’Anthropocène. Le hic ? On en a déjà dépassé 5… et on continue de regarder ailleurs.

Le problème : la pollution chimique

La dernière limite planétaire dépassée en date ? La pollution chimique. On vient tout juste de l’apprendre avec la publication, mardi dernier, d’une étude dans la revue Environmental Science & Technology. Jusque là, on n’avait jamais évalué l’impact du cocktail de polluants déversés dans la nature. Une grande avancée, qui nous permet de nous rendre compte qu’on a, vraiment, dépassé les bornes.

Mais avant de vous en dire plus, reprenons les bases. Les limites planétaires définissent un espace dans lequel l’humanité peut opérer en sécurité, tout en respectant la planète. Concrètement, elles permettent de répondre à une question simple : jusqu’à quelles limites la planète pourra-t-elle absorber les pressions anthropiques sans compromettre les conditions de vie de l’espèce humaine ?

Au total, il y a 9 limites planétaires : le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, les modifications d’utilisation des sols, les cycles de phosphore et d’azote, l’utilisation de l’eau douce, l’acidification de l’océan, la pollution chimique, les aérosols et les particules fines atmosphériques, ainsi que l’appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique. 

Les dépasser causerait des changements brusques et irréversibles à grande échelle. Dit autrement, un désastre pour l’humanité. Pour une association qui prône l’optimisme, j’avoue que j’y suis peut-être allée un peu fort sur ce coup-là. Mais le constat est sans appel.

Dernière chose dont vous vous doutez peut-être : les limites planétaires sont interdépendantes. En transgresser une peut amener à en transgresser d’autres. Une réaction en chaîne dont on n’a clairement pas envie d’être les témoins.

Visualisation du franchissement des 9 limites planétaires mise à jour
© Infographie : Stockholm Resilience Centre / Azote – Traduction : Vert

Cette semaine, on a appris une chose : la production de produits chimiques a été multipliée par 50 depuis 1950 et devrait encore tripler d’ici 2050. Résultat ? Une cinquième limite planétaire vient d’être dépassée. Ce n’est pas étonnant quand on sait qu’il y a plus de 350 000 types de produits chimiques manufacturés présents sur le marché mondial. Avec tous les plastiques, les pesticides, les antibiotiques et les produits pharmaceutiques que l’on utilise, des volumes importants finissent par rejoindre les écosystèmes et les organismes vivants, à la fois sur terre et en mer.

Ça devrait faire la une de tous les journaux. Et pourtant, personne n’en parle. « Une forte impression de vivre le film Don’t Look Up, ou de revivre la sortie du rapport du GIEC, quand les médias avaient préféré s’intéresser à Messi. Nous parlons tout de même ici d’une menace de la stabilité des écosystèmes mondiaux dont l’humanité dépend. (…) Combien d’alertes, de rapports scientifiques, de films, de personnes en grève de la faim ou d’activistes climat en prison faudra-t-il pour que les médias s’emparent du sujet ? » se demande Thomas Wagner, fondateur du média Bon Pote.

La solution de la semaine : l’économie circulaire ?

Heureusement, tout n’est pas foutu. Et en plus, on sait ce qu’il faut faire pour inverser la tendance. Puisque ce sont les modèles de production dominants basés sur l’extraction, la production et l’élimination qui sont responsables de cette catastrophe, il est urgent de passer à une économie plus circulaire.

Mais pas n’importe laquelle ! L’économie circulaire recouvre des réalités très différentes. Il ne s’agit pas de continuer à promouvoir la croissance en y ajoutant simplement une coloration verte pour se donner bonne conscience. Il ne s’agit pas non plus de continuer à produire autant, mais produire à partir de matériaux recyclés et recyclables. En fait, il s’agit avant tout de réduire la production et la consommation.Tout est une question de volumes.

Combien d’alertes, de rapports scientifiques, de films, de personnes en grève de la faim ou d’activistes climat en prison faudra-t-il pour que les médias s’emparent du sujet ?

Thomas wagner, bon pote

Pour aller plus loin : et maintenant, on fait quoi ?

🗞 Article : « 10 actions simples pour devenir écolo » par Thomas Wagner de Bon Pote

“Et maintenant, on fait quoi ?” Cette question, on nous la pose tous les jours. Et apparemment, on la pose aussi souvent à Thomas Wagner, fondateur du média Bon Pote. Il y répond avec 10 actions simples à mettre en place et à la portée de tout le monde. Alors, vous en êtes où ?

🎬 Série documentaire : “L’autre confort” par Blutopia

La pollution chimique la plus visible, c’est la pollution plastique. Dans notre série documentaire positive, on explore les solutions pour y remédier en 4 épisodes : collecter, revaloriser, réduire et éduquer. Si vous ne l’avez pas encore vue, c’est le moment rêvé.

Comme dit l’adage : mieux vaut prévenir que guérir. À méditer.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Scénariste-Reporter de Blutopia

Leave a Reply