Biodiversité

En lisant ce mot, vous avez sans doute en tête des images de forêts tropicales luxuriantes, abondantes d’oiseaux, de fougères, d’insectes, de mammifères et d’eau ruisselante. Ou sur une note plus négative, vous pensez peut-être à l’extinction des espèces étant donné l’écrasante quantité de nouvelles sur le sujet.

Dans tous les cas, je doute que l’océan vienne en premier dans votre représentation de la biodiversité. Et ce n’est pas de votre faute ! La couverture médiatique de l’univers marin est moindre et il est naturel de penser instinctivement à ce qui nous entoure (pas de baleines, algues, coraux ou poissons dans votre jardin à ce que je sache). 

On verra que l’océan est bien plus riche qu’on ne le pense et encore bien méconnu : un à deux tiers des espèces marines n’ont pas encore été découvertes. Mais avant ça, commençons par une petite définition…

Que se cache-t-il derrière le mot « biodiversité » ? 

C’est un concept qui comprend de multiples dimensions : les systèmes terrestre et marin, mais aussi les divers complexes écologiques qui les composent. La biodiversité est centrale en écologie et en conservation. 

Pour faire simple, quand les scientifiques font référence à la biodiversité, il·elle·s mentionnent tout bonnement le nombre d’espèces existantes. A savoir, pour l’univers marin, la biodiversité marine.

La biodiversité concerne alors la diversité biologique sur 3 niveaux : la diversité génétique au sein des espèces, la diversité entre les espèces et, à un niveau plus large, la diversité écologique. 

Pourquoi s’intéresser à la biodiversité au juste ?

Finalement, que peut bien nous apporter la connaissance du nombre d’espèces sur la planète ? 

Savoir s’il y a 10 ou 100 espèces d’étoiles de mer qui vivent à nos côtés ne va pas changer votre vie. Mais connaître davantage le nombre d’êtres vivants avec qui les humains partagent la Terre renvoie au fait que l’on vit dans un écosystème dont on n’est pas l’élément central. Et c’est un bon rappel, non ?

En biologie, il est important de rechercher combien il y a d’espèces sur Terre afin de mieux comprendre la structure, le fonctionnement et l’évolution de la biodiversité à une échelle locale et globale. C’est en effet une donnée de référence pour l’étude de la conservation des espèces.  

Notre connaissance actuelle de la biodiversité marine

Tout ça est bien intéressant, mais que sait-on de la biodiversité marine actuellement ?

Des 1,6 million d’espèces décrites par les scientifiques, environ 220 000 appartiennent à l’univers marin. Oui, cela ne représente que 12,5% des espèces répertoriées. La profondeur (la fosse la plus profonde se trouve à 11 000 m comparée à 9 000 m pour le sommet le plus haut sur Terre), le noir complet à partir de 200 mètres et surtout l’inaptitude humaine à respirer sous l’eau font de l’océan un environnement extrêmement compliqué à explorer et à étudier.

En fait, on n’aurait exploré que 5% de l’océan ! Ce n’est que vers 1940 que des océanographes ont commencé à s’intéresser aux fonds marins et que la plongée sous-marine est devenue autonome comme on la connaît aujourd’hui. Tout ça explique cet écart avec la connaissance de la biodiversité terrestre.

L’océan : une caverne d’Ali Baba

Mais rassurez-vous, comme je vous le disais plus haut, un à deux tiers des espèces marines seraient inconnues ! 

D’après les dernières études scientifiques, environ 2,2 millions d’êtres vivants peupleraient l’océan et 8,7 millions la Terre entière (sans compter les bactéries et les virus !). Des estimations indiquent même jusqu’à 100 millions d’espèces marines existantes. On est bien loin de tout connaître !

Les différences dans les estimations sont dues aux diverses méthodes scientifiques utilisées. Les scientifiques peuvent faire des estimations à partir d’opinions d’expert·e·s, d’une région géographique spécifique rapportée à l’océan dans son ensemble ou d’extrapolations.

Dans ces estimations, il faut aussi prendre en compte ce que l’on appelle les espèces cryptiques : aucune différence morphologique n’est visible mais elles sont génétiquement différentes. Elles ajouteraient des dizaines de milliers d’espèces, en particulier chez les groupes d’espèces avec peu de caractères visibles diagnosticables comme les coraux ou les vers marins. Mais c’est un vrai challenge d’identifier des espèces cryptiques car il faut séquencer les ADN de toutes les espèces en question. 

Les groupes d’espèces marines les moins connues seraient les éponges, les copépodes et isopodes, les nématodes, les champignons marins, les gastropodes et bien d’autres.

Si l’on n’a pas le nombre exact d’espèces peuplant l’océan, on sait au moins que la biodiversité marine est plus étendue que la biodiversité terrestre. En effet, dans l’univers marin, il existe 34 phyla. Ce sont des groupes au sein desquels les êtres vivants proviennent du même ancêtre. En comparaison, il n’y en a que 15 sur terre et 90% des espèces terrestres appartiennent au phylum des Arthropodes comme les araignées, les insectes ou les crustacés.

A quoi s’attendre dans les prochaines années ? 

De plus en plus d’espèces sont découvertes chaque année grâce à l’avancée de la génétique et de la technologie qui permet une meilleure étude des fonds marins, mais aussi grâce à la diversification de méthodes d’échantillonnage et à l’augmentation du nombre de scientifiques. 

20 000 espèces ont été découvertes ces 10 dernières années. C’est bien plus que les décennies précédentes. Et le nombre de scientifiques qui découvrent des espèces augmente plus vite encore que le nombre de nouvelles espèces décrites. Désormais, on est même capables d’étudier et échantillonner des zones géographiques précédemment méconnues ou peu accessibles comme les grottes sous-marines, les sources hydrothermales ou les abysses. 

Dans les îles Galapagos, l’utilisation de submersibles et de la plongée profonde a abouti à la découverte de 30 nouvelles espèces de poissons. C’est énorme quand on sait que cette région est déjà très étudiée ! La biodiversité marine n’a pas fini de nous surprendre. On est loin d’avoir découvert tous ses secrets. En 1991, on pensait qu’il existait moins de 200 000 espèces marines. 30 ans plus tard, on a déjà dépassé cette estimation ! 

De toute manière, que ce soit 2,2 ou 10 millions d’espèces naviguant au sein de l’océan, c’est un univers aussi important que l’univers terrestre et peut-être même plus riche et diversifié ! Avec sa superficie et son volume, j’ai dû mal à imaginer les choses autrement. D’autant plus que tout a débuté dans l’océan il y plusieurs milliards d’années. C’est un univers mystérieux qui me fascine depuis l’enfance et qui m’a poussée à me spécialiser en biologie marine. Sans l’océan, la vie sur notre belle planète bleue serait inexistante. D’où ma volonté de partager mes connaissances et des informations sur cet univers qui m’est cher. Je crois profondément que plus les personnes liront des actualités sur l’océan, plus elles seront sensibilisées et susceptibles de se sentir concernées pour sa conservation. Protégeons ensemble l’océan et ses espèces autant que possible à notre échelle. Et quoi de mieux que de commencer avec les merveilleux conseils de Blutopia ?

Sources :

Appeltans, W. et al. The magnitude of global marine species diversity. Curr. Biol. 22, 2189–2202 (2012)

Benton, M. J. Biodiversity on land and in the sea. Geol. J. 36, 211–230 (2001)

John C . Briggs. Species Diversity : Land and Sea Compared. Syst. Biol. 43, 130–135 (1994)

May, R. M. Tropical arthropod species, more or less? Science (80-. ). 329, 41–42 (2010)

Mora, C., Tittensor, D. P., Adl, S., Simpson, A. G. B. & Worm, B. How many species are there on earth and in the ocean? PLoS Biol. 9, 1–8 (2011)

Raghukumar, S. & Anil, A. C. Marine biodiversity and ecosystem functioning: A perspective. Curr. Sci. 84, 884–892 (2003)

Juliette Villechanoux

Juliette Villechanoux

Bénévole de Blutopia & Étudiante en biologie marine

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