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⏱ Temps de lecture : 5 minutes

La pêche, c’est souvent le seul sujet auquel la plupart des gens que l’on a croisé·e·s sur la route du tournage De l’assiette à l’océan pensaient quand on leur présentait le projet de notre campagne. Pourtant, même si c’est le plus évident, c’est loin d’être le seul !

Alors après vous avoir parlé de pêche, il est temps de s’intéresser à l’élevage et ses impacts sur l’océan. Ce n’est pas d’aquaculture dont il s’agit ici (je garde ça bien au chaud pour plus tard), mais bien d’élevage d’animaux sur la terre ferme. En France, la consommation de viande par personne a été multipliée par 4 depuis les années 1 800… et ce n’est pas sans conséquences pour le grand bleu. Je vous dis tout !

Numéro 6263

🌡 L’empreinte carbone

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture aka FAO, l’élevage est responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. C’est plus que l’ensemble des transports réunis ! En cause : le méthane émis par les ruminants lors de leur digestion, mais aussi le dioxyde de carbone causé par la déforestation et le protoxyde d’azote émis par les engrais azotés utilisés pour produire la nourriture des animaux.

Et l’océan dans tout ça ? En fait, plus on émet de gaz à effet de serre comme le méthane, le dioxyde de carbone ou le protoxyde d’azote, plus on dérègle la grande machine océan.

Il y a 2 chiffres qui devraient vous aider à y voir plus clair :

  • 90% de la chaleur qui ne part pas vers l’espace est absorbée par l’océan, ce qui participe à déséquilibrer les écosystèmes et entraîne des pertes d’oxygène en profondeur. Celles-ci peuvent vider des régions océaniques entières de leurs habitants, transformant durablement les chaînes alimentaires marines et augmentant les risques de surpêche.
  • 30% des émissions de gaz à effet de serre sont captées par l’océan, ce qui contribue à l’acidification de l’océan et une perte de biodiversité marine. Donc plus on émet de gaz à effet de serre, plus l’océan s’acidifie et plus la biodiversité marine est en danger.

Quand on sait ça, on comprend bien le rôle essentiel de l’océan dans la régulation du climat… et l’urgence de réduire notre empreinte carbone !

🌾 L’utilisation des surfaces agricoles

Toujours selon la FAO, 77% de la surface agricole est destinée au bétail et à son alimentation. Pourtant, l’élevage n’assure que 37% des apports en protéines au niveau mondial. Il faut 9 à 11 calories végétales pour produire 1 seule calorie de viande de bœuf, 5 à 7 pour produire 1 calorie de viande de porc et 3 à 4 pour le poulet. Pas très rentable cette histoire !

🌳 La déforestation

Pour produire toute la nourriture nécessaire aux animaux d’élevage, et pour faire pâturer les bêtes, on a donc besoin d’espace. Beaucoup d’espace ! Comme la planète n’est pas encore extensible, on rase de plus en plus de zones boisées. Dit autrement, on déforeste. Et il n’y a pas que les Brésilien·ne·s qui sont responsables. Loin de là ! En France, on a aussi une empreinte forêt. En produisant ou en achetant certaines denrées, on participe à la déforestation en dehors de notre territoire national. C’est le concept de déforestation importée.

Le grand responsable de la déforestation en France ? Le soja. Entre 2000 et 2015, une surface de forêt de la taille du Portugal a été perdue à cause de la consommation de soja de l’Union Européenne. Je vous vois venir avec le tofu. Mais ce soja là, il ne faut surtout pas le confondre avec le soja à destination humaine. Le soja importé qui participe à la déforestation est à destination des animaux d’élevages industriels. Ce n’est pas le même que celui que l’on produit pour en faire du yaourt de soja, du tofu ou du tempeh.

Résultat : il y a une perte de biodiversité sur terre… mais aussi en mer. La déforestation est responsable de 11% à 17% des émissions de gaz à effet de serre anthropiques du globe, puisque le carbone stocké depuis des années dans les arbres est libéré dans l’atmosphère. Si vous avez bien lu le début de la newsletter, vous comprenez ce que ça implique : déséquilibre des écosystèmes marins, pertes d’oxygène, acidification de l’océan et tutti quanti.

💦 L’empreinte eau

À l’échelle mondiale, l’élevage utilise 8% de la ressource en eau. Pour produire 1 kg de bœuf monde, c’est-à-dire issu de l’élevage industriel conventionnel, il faut 15 000 L d’eau. Ça peut paraître énorme, mais ce chiffre est à relativiser. En fait, il prend en compte l’eau de pluie qui est captée dans les sols et évapotranspirée par les plantes, et qui retourne ainsi dans le cycle de l’eau.

Ce qui est important, ce n’est donc pas la consommation d’eau totale, mais la quantité d’eau polluée. Selon l’association Water Family, 1 kg de bœuf monde rejette 350 g de pollution. C’est là que ça pose problème. À travers les déjections des animaux, l’élevage conventionnel rejette dans l’environnement des quantités importantes de polluants, comme les nitrates, le phosphore, les engrais, les pesticides ou les antibiotiques. Ces polluants se retrouvent facilement dans les cours d’eau… avant de finir dans l’océan, l’ultime réceptacle des contaminations.

Les bovins auront l’impact environnemental du mode de vie que l’on aura choisi pour eux.

Félix Noblia, paysan-chercheur

La solution de la semaine

🐮 L’élevage durable ?

Ça fait maintenant presque 5 ans que j’ai fait le choix de me passer totalement de produits d’origine animale. La raison principale ? Faire ma part pour préserver la planète sur laquelle on vit. Pourtant, en échangeant avec des éleveurs, j’ai réalisé que l’élevage avait une place essentielle dans les fermes en polyculture-élevage et que si l’on nourrissait les animaux exclusivement à l’herbe, plutôt qu’avec des tourteaux de soja ou du maïs, il pouvait y avoir des bénéfices pour le vivant. D’ailleurs, je ne devrais même pas dire l’élevage, mais les élevages. Comme dans beaucoup d’autres domaines, il y a tellement de façons de faire qu’on ne peut pas généraliser !

Quand les éleveurs et les éleveuses font le choix de l’élevage extensif, leurs bêtes peuvent pâturer librement. Ça permet à la fois d’être autonomes sur leur nourriture avec l’herbe et le foin, et de régénérer des écosystèmes. Le microbiote intestinal contenu dans les bouses des vaches permet de re-fertiliser et de ré-ensemencer les prairies, mais aussi d’augmenter la capacité de stockage de carbone du sol… et de nourrir les végétaux. Les effluents d’élevage sont utilisés comme fertilisants organiques et permettent de nourrir le sol et les faire pousser plus rapidement, sans avoir besoin d’engrais de synthèse.

Mais il y a un hic. Les systèmes d’élevage les plus soutenables prennent beaucoup plus de surface par quantité de viande ou de produits laitiers produits, ce qui est difficilement généralisable à l’échelle planétaire… à moins de réduire drastiquement la quantité de produits d’origine animale que l’on mange !

🧆 Les protéines végétales

En France, 25% de notre empreinte carbone est liée à notre alimentation. Ça représente 2,3 tonnes de CO2e par an et par personne, soit plus que l’objectif à atteindre tous secteurs confondus d’ici 2050 pour respecter les Accords de Paris. Et les produits d’origine animale pèsent lourd dans la balance puisqu’on mange 80 kg de viande par an et par habitant·e !

En adoptant une alimentation végétale, on passe de plus de 2 tonnes à 650 kg d’équivalent CO2 par an et par personne. On divise donc par 3 les émissions de gaz à effet de serre causées par notre alimentation. Et si vous n’êtes pas encore prêt·e·s à vous passer totalement de viande, sachez qu’un groupe de scientifiques préconisent, dans une étude publiée sur The Lancet, au maximum 100 g de viande rouge et 200 g de volaille par semaine pour que le climat ne s’emballe pas.

On n’a donc plus tellement le choix : il faut végétaliser notre assiette. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas que dans les produits carnés que l’on trouve des prot’. On en trouve aussi dans les légumineuses, comme les pois chiches ou les lentilles, les céréales ou les oléagineux. L’avantage, c’est que leur production émet bien moins de gaz à effet de serre que les protéines animales… sans pour autant nous faire perdre le goût du plaisir !

Tofu soyeux produit par la Tofuterie et garanti 100% francilien

Pour aller plus loin

🎥 Documentaire : Cowspiracy

En 90 minutes, Cowspiracy enquête sur les conséquences de l’élevage américain sur le vivant. Ce documentaire a quelque chose d’un peu spécial pour moi, car c’est après l’avoir vu que j’ai pris la décision de devenir végétalienne. Du jour au lendemain.

📕 Livre : L’avenir de la planète commence dans notre assiette, Jonathan Safran Foer

Tout est dans le titre. Dans ce livre, Jonathan Safran Foer montre que l’élevage intensif est responsable du dérèglement climatique… mais qu’il n’est pas trop tard pour inverser la tendance.

🎙️ Podcast : “Peut-on cuisiner des animaux morts ?”, Vivons heureux avant la fin du monde

Dans cet épisode de Vivons heureux avant la fin du monde, la journaliste Delphine Saltel questionne ses habitudes alimentaires et se demande comment on a réussi à s’organiser pour soulager nos consciences carnivores.

Bonne journée à vous demander si vous continuerez à faire griller des merguez sur le barbecue l’été prochain ou si vous opterez plutôt pour des brochettes de tofu.

Malaury Morin

Co-fondatrice & Chargée de campagnes de Blutopia

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