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Libéré·e·s, délivré·e·s… À partir de demain, on pourra aller où ça nous chante sans craindre une amende de 135 euros. Comme diraient Castor & Toucan de Chilowé, il est temps d’aller crapahuter, mais pas trop loin non plus.

Le problème : le transport aérien

127. C’est le nombre de passager·e·s qui montaient dans un avion chaque seconde en 2017 selon Planetoscope. Sur l’année, ça fait 4 milliards. Bon, ce n’est clairement pas 4 milliards de personnes différentes puisque seulement 10% des habitant·e·s de notre planète ont déjà pris l’avion.

Le problème, c’est que l’avion est (sans grande surprise) le moyen de transport le plus polluant. Les émissions de gaz à effet de serre pour une personne prenant l’avion sont bien plus importantes qu’avec n’importe quel autre mode de transport. Et ça a un impact direct sur l’océan qui en absorbe 30%. Plus on émet de gaz à effet de serre, plus l’océan devient acide, et plus la biodiversité marine est menacée.

Officiellement, le transport aérien contribue aux émissions mondiales de dioxyde de carbone à hauteur de 2%. En réalité, Réseau Action Climat a montré que ce chiffre se base sur les émissions de 2006. Avec une croissance annuelle du trafic d’environ 5%, la contribution du transport aérien serait aujourd’hui plus proche des 2,5%. L’Association du Transport Aérien International prévoit même un doublement du trafic de passager·e·s d’ici 2037, ce qui impliquerait une hausse des émissions de 18%, même en tenant compte de l’amélioration de l’efficacité énergétique. Et les émissions de dioxyde de carbone sont loin d’être les seules à poser problème…

Les émissions de CO2 par personne et par kilomètre

Quand on s’intéresse aux émissions de dioxyde de carbone, les études montrent qu’un kilomètre en avion est équivalent à un kilomètre seul en voiture, et est 45 fois plus polluant qu’en train à grande vitesse.

On pourrait donc être tenté·e·s de croire que l’avion et la voiture ont des impacts similaires… Sauf que la rapidité de l’avion lui permet d’atteindre des distances lointaines en très peu de temps, alors que personne n’imaginerait faire un aller-retour Paris-Marseille en voiture dans la journée ou partir en Russie pour seulement 5 jours sans prendre l’avion.

Les émissions de CO2 par heure de trajet

Il y a donc un autre indicateur à prendre en compte : les émissions de dioxyde de carbone par heure de trajet. Le trajet moyen en avion est de 2 400 kilomètres, loin devant les autres transports dont les trajets longue distance sont de 300 kilomètres. Monter à bord d’un avion rend un trajet 125 fois plus émetteur en moyenne que de monter dans une voiture, et plus de 1 500 fois plus émetteur que de monter dans un train.

Et ça, c’est sans compter les émissions de dioxyde de carbone émises par les transports pour se rendre aux aéroports.

Les trainées de condensation

En plus du dioxyde de carbone émis par la combustion du kérosène, les avions créent des traînées de condensation. Celles-ci sont dues à la condensation de la vapeur d’eau émise par les moteurs et favorisent l’apparition de nuages cirrus qui réchauffent la surface de la planète. 

Il est impossible de quantifier avec précision leur impact, mais les scientifiques estiment que ça doublerait le forçage radiatif. Autrement dit, l’effet réchauffant des émissions de l’aérien serait en réalité deux fois plus fort qu’en ne prenant en compte que les émissions de dioxyde de carbone.

Les oxydes d’azote

Et ce n’est pas tout. Selon une étude du Massachusetts Institute of Technology, la croissance du trafic aérien est deux fois plus dommageable pour la qualité de l’air que pour le climat. En cause ? La pollution de l’air aux particules fines, en particulier celles liées aux oxydes d’azote. Les émissions des avions seraient ainsi responsables d’environ 16 000 décès prématurés. Sans compter que les oxydes d’azote rejetés en altitude par les réacteurs augmentent la concentration de l’ozone et du méthane, qui sont d’autres gaz à effet de serre.

Selon The Conversationen prenant en compte l’ensemble des gaz à effet de serre, et pas uniquement le dioxyde de carbone, le transport aérien serait déjà à l’origine de 4,9 % du réchauffement climatique mondial.

Monter à bord d’un avion rendra votre trajet 125 fois plus émetteur en moyenne que de monter dans une voiture et plus de 1 500 fois plus émetteur que de monter dans un train.

THE CONVERSATION

La solution de la semaine : le slow travel

On pourrait être tenté·e·s de se dire que la compensation carbone serait la solution à tous ces problèmes. Mais comme je le montrais dans une newsletter passée, c’est une distraction dangereuse. La compensation carbone n’est qu’une solution temporaire, un outil pour accélérer l’action climatique, qui ne doit être utilisé que pour les émissions incompressibles. En bref, il faut réduire notre usage de l’avion, avant de penser à le compenser.

J’en suis convaincue, et, en même temps, je suis mal placée pour vous le dire. En 2019, j’ai pris 6 fois l’avion pour tourner la série documentaire « L’autre confort ». Je vous avoue que si c’était à refaire, je ferai tout pour l’éviter. La dissonance cognitive, à savoir la tension entre mon système de pensées, de croyances, d’émotions et mes attitudes, est devenue bien trop grande.

Il est temps de resacraliser le transport en avion, de se poser les bonnes questions avant d’embarquer et de rester beaucoup plus longtemps sur place pour rentabiliser le déplacement si l’avion est la seule solution envisageable. D’ailleurs, vous verrez que la plupart du temps, ce n’est pas le cas. Il y a plein de destinations accessibles à pied, à vélo, en train, en bus, en voiture ou en bateau. Le slow travel invite justement à voyager lentement, prendre le temps de profiter de chaque instant, du déplacement autant que du temps passé sur place.

Notre sélection* : partir à l’aventure

Chilowé

Chilowé, c’est le guide de l’aventure près de chez vous, pour que voyager coûte moins cher, prenne moins de temps et fasse moins de mal à la planète. Si vous voulez vivre une expérience dans la nature et hors des sentiers battus, vous êtes au bon endroit.

La Mad Jacques

La Mad Jacques, ce sont des courses d’aventure organisées en équipe dans toute la France. Le but ? Rejoindre le plus vite possible différents villages. En stop, en vélo, en trek… vous partez en autonomie pendant plusieurs jours pour redécouvrir le voyage local, et surtout respectueux de la nature. D’ailleurs, Pauline, la Présidente de Blutopia, y travaille : raison de plus pour participer à leurs courses !

Pour aller plus loin : s’évader

🎙 Podcast : « Peut-on être écolo et partir en vacances ? » sur Y’a le feu au lac

Dans cet épisode, Lucas Scaltritti interroge Jérémie Fosse, coordinateur d’une étude sur le “tourisme bleu” et président de l’ONG Eco-Union, sur l’impact du tourisme. Il montre qu’il n’y a pas que le mode de transport qui compte, mais aussi l’expérience vécue sur place.

🎙 Podcast : Les Baladeurs par Les Others

Vous avez envie de voyager sans quitter votre canapé ? Je vous conseille Les Baladeurs, podcast d’aventures et de mésaventures en pleine nature par Les Others. Mes épisodes préférés ? « Plongée glaciale sous la banquise » avec Under The Pole, et « L’amour sous la surface » avec Guillaume Néry et Julie Gautier.

🧐 Infographie : Stay Grouded

Si vous manquez encore d’arguments à donner à vos ami·e·s qui veulent partir en week-end à Lisbonne, cette infographie réalisée par le réseau Stay Grounded devrait vous aider. Des graphiques parlants vous montrerons comment le transport aérien impacte votre empreinte carbone, en quoi il est injuste ou encore pourquoi prendre l’avion est si peu cher aujourd’hui.

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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