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Il y a 2 semaines, je vous parlais de shampoings solides. En faisant mes recherches, j’ai réalisé à quel point un des ingrédients phares était controversé : le SCI. Evidemment, ça a attisé ma curiosité… mais aussi la vôtre. 98% d’entre vous ont voulu en savoir plus. Alors, j’ai décidé de décrypter le sujet pour vous. 💡

Pourquoi ça compte ?

Sodium Cocoyl Isethionate

Pour qu’un shampoing puisse assurer sa fonction première, c’est-à-dire laver nos cheveux, il doit contenir un ou plusieurs agents lavants. C’est le rôle que jouent les tensioactifs. Ils emprisonnent la saleté dans des bulles d’eau qui s’éliminent au moment du rinçage. Aujourd’hui, la plupart des shampoings solides sur le marché utilisent le même tensioactif : le Sodium Cocoyl Isethionate, plus connu sous le doux nom de SCI.

Avantages

A première vue, le SCI a tout pour plaire :

  • Dérivé de l’huile de coco, il est à 86% d’origine naturelle. Les 14% restants correspondent à un ingrédient synthétisé en laboratoire qui est nécessaire à la réaction de transformation qui a lieu lors de la production.
  • Il est 100% biodégradable. Concrètement, ça veut dire que l’intégralité du produit peut être consommé par des bactéries présentes dans la nature. 
  • Contrairement à de nombreux autres tensioactifs, comme le Sodium Laureth Sulfate dont je vous ai déjà parlé, il est sans sulfate. C’est donc un tensioactif doux qui est bien toléré par la peau et le cuir chevelu, et permet de nettoyer sans agresser.
  • Il mousse plutôt bien.
  • Il convient aux cosmétiques solides. Il existe en poudre et sa densité lui permet de durcir les produits solides et de les faire durer plus longtemps. 

Inconvénients 

Pourtant, quand on y regarde de plus près, il a beaucoup de points noirs. Ce qui a éveillé ma curiosité, c’est qu’il ne puisse pas être labellisé bio par l’organisme Ecocert

En fait, le principal défaut du SCI ne provient pas de sa composition, mais de sa fabrication. Pour obtenir du SCI, il faut faire réagir de l’huile de coco avec de l’acide iséthionique. C’est ce que les chimistes appellent une réaction d’estérification. Jusque-là rien de problématique. Mais les choses se compliquent quand on s’intéresse à l’origine du acide iséthionique.

Il est créé à partir d’une réaction d’éthoxylation entre le sodium bisulfite et l’oxyde d’éthylène. Or, l’oxyde d’éthylène est considéré comme cancérigène et toxique par inhalation pour les humains, mais aussi potentiellement toxique pour la faune et la flore s’il est déversé dans la nature. C’est d’ailleurs probablement pour ça qu’on peut lire la mention « Nocif pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme » sur le SCI vendu par Aroma Zone. Et c’est ce qui explique le fait que le SCI ne peut pas être labellisé bio par l’organisme Ecocert. L’acide iséthionique peut aussi être extrait directement des sols sous forme de gaz, sans ajout d’oxyde d’éthylène ici. En revanche, l’extraction des sols demande énormément d’énergie et la production du SCI final implique un fort apport en chaleur et en solvant. Vous l’avez compris, le SCI est un sujet particulièrement délicat à aborder. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il existe plein de SCI différents, avec des qualités variables. Si aucun n’est parfait pour le moment, il est quand même possible de minimiser son impact en fonction de la méthode de fabrication choisie.

Mais il reste un autre inconvénient qui est plus rarement évoqué et qui concerne l’assemblage des ingrédients. Un shampoing solide nécessite une concentration en tensioactifs 2 à 3 fois plus importante qu’un shampoing liquide. On se retrouve donc avec des shampoings solides où le SCI représente autour de 40% de la composition globale, dans le meilleur des cas, et jusqu’à 90% comme chez Lush. En plus de poser problème à la peau et au cuir chevelu, ça amplifie les impacts négatifs liés aux méthodes de fabrication !

Alternatives

Les industriels ont bien conscience des réticences des marques de cosmétiques solides vis-à-vis du SCI et travaillent sur des alternatives meilleures aux méthodes de fabrication plus douces et sans solvant. À ce jour, plusieurs alternatives existent, mais aucune n’est idéale.

  • Alternative 1 : les tensioactifs sulfatés comme le Sodium Coco Sulfate ou SCS. Ils sont 100% naturels et obtenus par sulfonation de l’huile de coco. Le problème, c’est qu’ils sont très agressifs et détergents pour le cuir chevelu. Alors, on choisit de sauver notre peau, ou celle de la planète ?
  • Alternative 2 : les glutamates comme le Sodium Cocoyl Glutamate ou SCG. Il sont, eux aussi, 100% naturels et fabriqués à partir d’huile de coco et d’acides aminés. Il s’agit des tensioactifs les plus doux. En revanche, ils sont difficiles à utiliser dans les shampoings solides. Ils ne moussent pas et durcissent moins bien le shampoing, ce qui diminue son temps de vie. Ecologiquement parlant, c’est probablement le tensioactif qui a le moins d’impact. Maintenant, encore faut il le rendre agréable à utiliser pour convaincre le plus grand nombre de passer au solide. Une piste à creuser.
  • Alternative 3 : le Sodium Lauroyl Methyl Isethionate ou SLMI. C’est un tensioactif doux qui a été développé récemment. Il est à 80% d’origine naturelle et 100% biodégradable, plus rapidement encore que le SCI. Il est fabriqué à partir d’huile de coco ou de palme par réaction de méthylation, une réaction lourde chimiquement. Tout comme le SCI, il ne peut donc pas être labellisé bio par Ecocert. En plus, le manque de recul ne permet pas de certifier que sa méthode de fabrication est moins énergivore que celle du SCI. Rien de très réjouissant donc.
  • Alternative 4 : les glucosides comme lesAlkyl Polyglucosides ou APG. Il s’agit de tensioactifs dérivés du sucre. Leur synthèse respecte les grands principes de la chimie verte : elle a lieu sans solvant, ne produit quasiment aucun rejet ou déchet, et les matières premières utilisées sont d’origine renouvelable. Les APG sont facilement biodégradables et peu toxiques pour l’environnement terrestre ou aquatique. En plus, ces tensioactifs ont une bonne tolérance dermatologique. Alors, ils ont tout pour plaire ? Presque. Contrairement aux 3 alternatives précédentes, les glucosides ne peuvent être utilisés que dans des formules de shampoings liquides. Ils ne sont pas adaptés aux shampoings solides.

Et maintenant, on fait quoi ?*

Du savon comme shampoing

Pour éviter le SCI, de nombreux savons sont vendus sous l’appellation de shampoings. Le problème ? Leur pH basique, compris entre 9 et 11. Vous ne le savez peut-être pas encore, mais notre cuir chevelu est spécial. Il est doté d’un pH acide autour de 5,5 et agit comme une couche protectrice qui sert de barrière contre les bactéries, les virus et autres contaminants potentiels. Il faut donc en prendre soin ! Si le shampoing que l’on applique sur notre cuir chevelu n’a pas le même pH, comme c’est le cas des savons, il aura pour effet d’ouvrir les écailles des cheveux et de les fragiliser.

Les shampoings solides avec SCI

Les marques de shampoings solides dont je vous parlais dans la dernière sélection utilisent du SCI. Je leur ai demandé pourquoi elles avaient fait ce choix et la réponse est simple. Mieux vaut un shampoing solide imparfait qui ne produit aucun déchet en fin de vie, plutôt qu’un shampoing liquide dans un flacon en plastique qui a de grandes chances de ne pas être recyclé. Pour autant, ça ne les empêche pas de se remettre en question et de continuer leur quête vers des alternatives aussi agréables à utiliser et efficaces pour nos cheveux, mais qui auront encore moins d’impact sur la planète. Affaire à suivre…

Umai

Pour ses shampoings solides, Umai a fait le choix de travailler avec un fabricant expérimenté et de confiance qui leur assure qu’aucune trace d’oxyde d’éthylène ne se trouve dans le produit fini et qu’aucune trace n’est rejeté ni dans les sols, ni dans les eaux. L’utilisation du SCI ne pose donc pas de problème de santé aux producteur·rice·s et aux consommateur·rice·s, ni de pollution pour la faune et la flore terrestre et aquatique. 

Angéline, co-fondatrice de la marque et directrice de la Recherche & Développement, nous a confié que leur objectif était quand même de s’affranchir de la réaction d’éthoxylation, qui est énergivore et qui doit être très encadrée pour les opérateur·rice·s qui la pratiquent. En ce moment, elle travaille avec toute l’équipe et les fournisseurs pour imaginer de nouvelles méthodes de fabrication du SCI, mais aussi pour trouver d’autres tensioactifs moins impactants et qui puissent s’adapter au solide.

Lamazuna

Depuis sa création, Lamazuna n’a qu’une obsession : convaincre un maximum de personnes de passer au solide. Et pour ça, il faut bien un shampoing qui mousse. Si ce n’était pas le cas, les utilisateur·rice·s risqueraient de repasser rapidement aux versions liquides dans des flacons en plastique.

Tout comme Umai, Lamazuna a donc fait le choix d’un SCI sans oxyde d’éthylène dans le produit fini et veille aux bonnes pratiques de ses fournisseurs. Pour aller plus loin, l’équipe Innovation est sans cesse à la recherche d’alternatives et teste chaque nouveau tensioactif qui pourrait répondre à la norme Cosmos Organic de l’organisme Ecocert.

Shampoing solide Lamazuna
© Lamazuna

Les shampoings naturels liquides

Evidemment, quand on est dans une démarche zéro-déchet, notre premier réflexe est de nous tourner vers des shampoings solides. Pourtant, il n’y a pas que l’emballage qui compte, mais aussi ce qu’il y a à l’intérieur. Aujourd’hui, il existe de plus en plus de shampoings liquides… et naturels ! D’ailleurs, c’est un bon moyen de passer à une consommation plus responsable facilement, sans changer drastiquement ses habitudes.

C’est en tout cas ce que souhaite prouver Lisa, fondatrice de la marque Lao. Depuis plus d’un an, elle travaille sur un shampoing liquide à la composition irréprochable qui sera vendu dans des contenants réutilisables. Il contiendra 45% d’eau dont 10% d’eau florale, ce qui est largement inférieur aux 70% à 90% des shampoings liquides conventionnels. D’ailleurs, il est difficile de réduire davantage ce pourcentage puisque l’eau est indispensable dans les shampoings liquides et permet de diluer les agents lavants qui sont agressifs pour la barrière cutanée et les cheveux. A l’eau, s’ajouteront des tensioactifs soigneusement choisis, les glutamates et les glucosides, et d’autres ingrédients encore secrets. Sortie prévue le 15 septembre.

Des remarques, des suggestions pour les prochains sujets ? Répondez-nous en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiancenotre sélection est 100% indépendante.

Malaury

Malaury

Co-fondatrice de Blutopia

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