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Vous vous souvenez de la dernière fois où vous avez vu un ciel rempli d’étoiles ? Moi, c’était jeudi soir sur l’île de Ré et ça faisait une éternité. À part les satellites Starlink de Space X, on ne voit pas grand chose dans le ciel depuis La Rochelle. Et ce n’est pas un cas isolé : 80 % du monde vit sous un ciel pollué par une quelconque forme de lumière artificielle. La pollution lumineuse bouleverse autant nos vies que celles des écosystèmes marins.

Le problème : la pollution lumineuse

La profondeur moyenne de l’océan est de 3 700 mètres et peut aller jusqu’à 11 000 mètres dans la fosse des Mariannes. À de telles profondeurs, l’océan ne ressemble plus du tout à ce que l’on en connaît. À seulement 150 mètres de profondeur, 99 % de la lumière solaire est absorbée. Passés les 1 000 mètres, c’est le noir complet. Pourtant, la vie y est bien présente. 

En fait, les organismes aquatiques s’adaptent en fonction de la profondeur de leur habitat. En surface, ils sont sensibles aux lumières rouges. En profondeur, ils sont sensibles aux lumières bleues. Et de nuit, il n’y a (normalement) que la lumière de la lune, des étoiles et des organismes bioluminescents qui se diffuse. Mais ça, c’est sans compter la pollution lumineuse qui modifie les lumières auxquelles sont exposés les organismes marins.

Selon une étude de l’Université de Plymouth au Royaume-Uni publiée dans Nature, la lumière artificielle des villes côtières atteint jusqu’aux trois quarts des fonds marins. En cause ? L’utilisation de LED pour les panneaux d’affichage, l’éclairage des rues ou des bâtiments, dont les longueurs d’onde vertes et bleues se faufilent jusqu’aux profondeurs de l’océan. Quand on sait que 22 % des régions côtières du monde sont éclairées artificiellement la nuit et que la pollution lumineuse est amplifiée par les infrastructures offshore et la navigation maritime, on se dit qu’il y a de quoi s’inquiéter.

Le problème, c’est que ça entre en concurrence avec la lumière naturelle qui régule la survie, la reproduction et les mouvements des organismes marins. En créant une lueur artificielle, la pollution lumineuse modifie leurs habitudes et affecte les cycles de vie : 

  • Les oiseaux marins sont désorientés par la lumière, rentrent plus facilement en collision avec des structures artificielles et s’exposent à une prédation accrue quand l’éclairage les rend visibles.
  • Les tortues ne retrouvent plus les sites de pontes et les bébés tortues qui sortent des oeufs sont attirés par les villes et les routes, plutôt que par le reflet de la lune sur l’eau qui les guide normalement vers l’océan.
  • Les coraux, qui synchronisent leur ponte avec les phases de la lune, ont de plus en plus de mal à se reproduire, et leurs algues symbiotiques ne parviennent plus à réaliser la photosynthèse, ce qui entraîne le blanchissement des coraux.
  • Le zooplancton, qui se cache de ses prédateurs en allant dans les profondeurs le jour, remonte de moins en moins à la surface la nuit pour se nourrir de phytoplancton, ce qui est à l’origine d’une prolifération de micro-algues à la surface.

À terme, ces bouleversements pourraient se répercuter sur l’équilibre de l’ensemble des écosystèmes marins.

80 % du monde vit sous un ciel pollué par une quelconque forme de lumière artificielle.

Nouvel atlas de la pollution lumineuse, 2016

La solution de la semaine : éteindre la lumière

Comme la pollution sonore, la pollution lumineuse est facile à réduire et ne laisse aucun effet résiduel. Pour résoudre le problème, il faut agir à tous les niveaux.

Au niveau individuel :

  • Éteindre les lumières le plus souvent possible
  • Faire attention à sa consommation : 
    • Les produits de l’autre bout du monde comme ceux issus de la pêche participent à la navigation maritime, de jour comme de nuit.
    • Notre consommation d’énergie grandissante pousse les industriels à créer toujours plus de plateformes offshore.

Au niveau gouvernemental :

  • Mettre en place des zones sans lumière la nuit
  • Éclairer plus efficacement : orienter les éclairages publics vers le bas, installer des détecteurs de présence et des minuteurs, baisser l’intensité de la lumière après une certaine heure, éteindre les lieux non fréquentés et ne pas illuminer les monuments en permanence
  • Utiliser des lumières rouges qui s’atténuent plus rapidement dans l’eau et sont moins visibles pour les animaux marins
  • Réglementer et faire appliquer la réglementation : même si elle existe, elle est méconnue et encore trop peu appliquée. En France, un arrêté du 27 décembre 2018 sur la prévention, la réduction et la limitation des nuisances lumineuses précise la temporalité d’éclairage et d’extinction. Les lumières qui éclairent les façades, les vitrines, le patrimoine, les parcs et les jardins publics doivent ainsi être éteintes à 1h du matin au plus tard.
Ciel étoilé
Ce serait quand même sympa de voir ça, non ?

Pour aller plus loin : les années lumières sont devant nous

🦑 Initiative : Glowee

Vous avez déjà entendu parler de biomimétisme ? Il s’agit d’un processus qui consiste à s’inspirer du vivant pour créer. C’est justement ce qu’a fait Glowee pour inventer une source de lumière douce et vivante à partir d’un gène responsable de la bioluminescence emprunté à une espèce de calamar. En fait, c’est peut-être l’océan qui nous permettra de remplacer, d’ici quelques années, l’éclairage public tel qu’on le connaît actuellement.

🎙 Podcast : « Anne-Marie Ducroux, présidente de l’ANPCEN : lutter contre la pollution lumineuse » sur Basilic Podcast

On en parle peu, et pourtant des citoyen·ne·s se battent depuis des années pour faire connaître ce sujet au plus grand nombre. C’est le cas d’Anne-Marie Ducroux. En tant que Présidente de l’ANPCEN, l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes, elle met en lumière la pollution lumineuse auprès du grand public et des collectivités.

🗞 Article : « Pollution sonore sous-marine : une menace invisible qui pèse sur l’océan » par Blutopia

Si la pollution lumineuse est méconnue, la pollution sonore l’est encore plus. Et pour cause : elle est absolument invisible. Ces dernières années, on a plongé l’océan dans un vrai brouillard acoustique qui met en péril toute la biodiversité marine.

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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