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Chaque année, plus de 2 000 nouveaux parfums sont lancés. Et les gammes sont de plus en plus étendues. Difficile de s’y retrouver entre l’eau fraîche, l’eau de toilette, l’eau de parfum, l’esprit de parfum, l’extrait de parfum et le voile de parfum, non ? En même temps, il faut bien se diversifier pour vendre encore plus.

Même si j’ai encore un flacon de Miss Dior Chérie qui traîne dans ma salle de bain, ça fait déjà plusieurs années que je ne mets plus de parfum. Et quand d’autres en mettent (cc mes voisin·e·s qui embaument l’immeuble), ça me pique tout de suite le nez. En rédigeant cette newsletter, j’ai vite compris pourquoi.

Le problème : les parfums conventionnels

La composition

Depuis Chanel n°5, le premier parfum issu de synthèse en 1925, les ingrédients synthétiques ont rapidement envahi le monde de la parfumerie. Dans un parfum conventionnel, on retrouve désormais 50 à 300 ingrédients. Rien que ça. Pourtant, il n’existe aucune obligation de les révéler, en dehors des rares allergènes qui doivent être listés. Et pour cause : le parfum est encore considéré comme un secret commercial. Bon, quand on sait que personne n’a jamais réussi à reproduire du Nutella ou du Coca-Cola à l’identique même avec la liste d’ingrédients sous les yeux, on se dit que la réglementation a sans doute été impulsée par de puissants lobbies…

Toujours est-il qu’un parfum conventionnel contient environ 70 % de matériaux de synthèse aromatiques. Concrètement, ce sont des ingrédients créés artificiellement par réaction chimique. Ils permettent de recréer à bas coût des odeurs trouvées dans la nature, d’extraire des composants d’un naturel, de répliquer la nature en laboratoire quand il est impossible d’utiliser une odeur à l’état naturel et, surtout, d’élargir la palette du parfumeur en créant de toutes nouvelles odeurs.

C’est bien ce dernier point qui importe le plus aux grands acteurs du parfum. Ils investissent environ 10 % de leur chiffre d’affaires dans leur département Recherche & Développement. Quand une entreprise développe une toute nouvelle molécule odorante, elle peut conserver le monopole dessus pendant 20 ans. Évidemment, elle peut créer de nouveaux parfums avec, mais surtout la vendre (très cher) à ses concurrents pour qu’ils puissent l’utiliser dans leurs propres parfums.

Le problème, c’est que la plupart de ces matériaux de synthèse sont issus de la pétrochimie. Le parfum dépend directement des énergies fossiles et participe donc au réchauffement de la planète, à l’acidification de l’océan, à la destruction des coraux… Et ainsi de suite. Si vous me lisez depuis un moment, vous commencez à connaître les liens de causes à effets entre le climat et l’océan. Et si ce n’est pas encore le cas, je vous invite à lire cet article passionnant sur le rôle de l’océan rédigé par Capucine Bossé, bénévole chez Blutopia.

« Les fleurs, les plantes et les bois nous donnent déjà tant de possibilités, alors pourquoi aller chercher du côté de la pétrochimie ? »

Revenons-en à nos moutons. Selon le rapport d’analyses « Un parfum de scandale » publié par Greenpeace en 2005, s’asperger de parfum nous expose à des substances chimiques persistantes, suspectées de pénétrer le corps avec des effets graves pour la santé à long terme. Si les effets pour les organismes marins n’ont pas encore été mesurés, ceux pour la santé nous en donnent déjà une bonne idée. Voici une liste non exhaustive des ingrédients qui posent problème dans les parfums conventionnels :

  • Les colorants utilisés pour donner de jolis couleurs aux parfums, mais aussi les conservateurs et les filtres UV ajoutés pour les stabiliser. Rappelons quand même qu’à la base, l’alcool, dans lequel baigne le parfum, ne nécessite aucun conservateur, mais simplement une bonne protection de la lumière, de la chaleur et de l’humidité.
  • Les additifs comme le BHT ou le BHA, utilisés comme antioxydants pour allonger la durée de vie des parfums et suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.
  • Les phtalates, des agents fixateurs qui permettent de faire tenir le parfum plusieurs heures, aussi suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.
  • Les muscs synthétiques, utilisés pour remplacer les muscs naturels issus des animaux comme l’ambre gris, une substance parfumée provenant des concrétions intestinales du cachalot. Sur le papier, on peut se dire que ça évite d’utiliser les animaux comme des ressources. Certes, mais une fois dans les cours d’eau ou l’océan, les muscs synthétiques seraient capables d’interférer avec le système hormonal des poissons et soupçonnés d’exacerber les effets de l’exposition à d’autres substances toxiques.

Et pour couronner le tout, la plupart de ces ingrédients ne sont pas ou peu biodégradables. Ils se retrouvent donc dans l’air, mais aussi les cours d’eau et l’océan. Eh oui, quand vous prenez une douche après avoir mis du parfum, ses composants vont s’écouler dans vos canalisations et aller tout droit dans l’océan.

Les emballages superflus

Vous l’avez sans doute remarqué, les grandes maisons de parfumerie se sont engagées dans une course à la plus belle bouteille de parfum. Bouchons lestés pour donner une impression de qualité, fond de verre épais pour laisser penser que la bouteille contient plus de parfum, boîte en carton 5 fois plus grande que ce qu’elle contient… Tous les moyens sont bons pour arriver en tête. Au final, sur un flacon à 100 euros, le coût du parfum est estimé entre 1 et 2 euros. Le reste, c’est du marketing pour vous pousser à acheter toujours plus.

La solution : se reconnecter à la nature sauvage

Heureusement, il est possible de faire les choses autrement. Il suffit de se reconnecter à la nature sauvage pour créer des parfums naturels. Les fleurs, les plantes et les bois nous donnent déjà tant de possibilités, alors pourquoi aller chercher du côté de la pétrochimie ?

Voici à quoi ressemble la composition des parfums naturels ou, pour être plus précise, des eaux de parfums naturels :

  • La base : les eaux de parfums naturels ont pour support de l’alcool végétal comme l’alcool de blé bio, de l’huile ou de l’eau florale.
  • La partie odorante concentrée : elle est constituée de matières végétales comme les huiles essentielles, les concrètes (la pâte qui résulte de la macération du végétal dans un solvant) ou les absolues (la substance obtenue par l’extraction à l’alcool des concrètes).

Notre sélection* : des parfums naturels et faits en France

Floratropia

Floratropia, c’est la parfumerie 100% naturelle qui ensauvage le parfum avec une intention : poser une empreinte positive sur le monde du parfum, en lien avec la planète, la biodiversité des plantes à parfums, et les artisan·e·s-producteur·rice·s qui les cultivent.

Pour ne garder que l’essentiel et limiter l’empreinte carbone des emballages, Floratropia a inventé la ressource. Constituée d’un complexe aluminium, PET et PE, elle est moins énergivore que le verre, autant à la production que lors du transport, et ne nécessite aucun sur-emballage sur la chaîne logistique. Le mélange des matériaux qui la compose fait qu’elle n’est pas recyclable dans les circuits classiques, mais toutes les ressources usagées sont récupérées gratuitement par la marque qui compte bien les revaloriser une fois la quantité collectée suffisante.

Et l’engagement ne s’arrête pas là. 3% du chiffre d’affaires est reversé à l’ONG Noé en soutien à la biodiversité des plantes à parfums.

Bastille Parfums

La mission de Bastille ? Révolutionner la parfumerie avec des parfums contenant 95% d’ingrédients naturels et 5% d’ingrédients de synthèse clean. Évidemment, le tout sans perturbateurs endocriniens, sans ajout de solvant, de stabilisant, de colorant, ou de filtres anti-UV. Ce que j’adore chez Bastille ? La transparence. Alors que la composition d’un parfum est encore considérée comme un secret commercial, Bastille dévoile toutes les matières premières qui composent ses fragrances.

Et ce que j’aime par dessus tout chez ces marques ? Leur communication non genrée qui s’affranchit des clichés sexistes de l’industrie du parfum. Il était temps !

Pour aller plus loin : les dessous de la parfumerie naturelle

🎙 Podcast : Karine Torrent, fondatrice de Floratropia sur Healthy Living

Healthy Living décrypte les tendances bien-être de notre époque et met en lumière les personnes qui font le bien. Dans le dernier épisode, c’est Karine Torrent qui était à l’antenne de Marion Pezard. Elle explique sans filtre comment elle compte bousculer les codes avec Floratropia.

🎙 Podcast : Marie-Hortense Varin, fondatrice de Bastille sur On(ward) Fashion par The Good Goods

Dans cet épisode de On(ward) Fashion, anciennement Le Sapping, Marie-Hortense Varin ne prend pas de pincettes pour dénoncer le marketing agressif, sexiste et trompeur des maisons de parfums traditionnelles.

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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