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Cette semaine, Julien était en tournage à Nantes pour Studio Plouf, notre studio créatif pour les projets engagés. Il prépare une vidéo pour CoWatt. Leur ambition ? Démocratiser l’énergie solaire citoyenne en Pays de la Loire pour amorcer la transition énergétique. Je me suis dit que c’était le moment idéal pour tenter de répondre à un débat qui revient sans cesse : nucléaire vs. énergies renouvelables.

Le problème : le mix énergétique

L’électricité produite en France provient essentiellement du nucléaire. Il en représente plus de 70% avec 19 centrales et 58 réacteurs, contre 23% pour les énergies renouvelables, dont 52% d’hydraulique, 30% d’éolien, 10% de solaire et 8% de bioénergies. Les énergies fossiles, à savoir le charbon et le gaz naturel, sont bien loin derrière.

Face au dérèglement climatique, le nucléaire apparaît comme une solution presque évidente. En parlant de dérèglement climatique, j’en profite pour vous rappeler que si je parle d’énergie sur la newsletter de Blutopia, c’est bien parce qu’il y a un lien avec l’océan. Le grand bleu absorbe 30% des émissions de gaz à effet de serre, en grande partie libérées par les énergies fossiles. Ça impacte directement son acidité et menace la biodiversité. J’explique tout sur notre dernier post Instagram. Et oui, tout est lié ! 

Bref, revenons à nos moutons. Le nucléaire est une énergie dite « décarbonée ». Concrètement, ça signifie qu’elle n’émet pas de dioxyde de carbone au cours de la phase de production. Mais le terme peut être trompeur : ça ne veut pas dire que l’énergie nucléaire ne produit pas de dioxyde de carbone sur tout son cycle de vie. Il ne faut pas oublier la construction des centrales, mais aussi l’extraction et l’enrichissement de l’uranium, sans parler du démantèlement. D’ailleurs, au niveau mondial, le nucléaire ne représente que 10% de la production d’électricité, à peine 2 % de la consommation d’énergie finale et ne permet d’éviter que 2,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre par rapport aux énergies fossiles. Il faudrait démarrer un réacteur par semaine pour que le nucléaire permette d’éviter 10% des gaz à effet de serre dans 20 ans.

Et ce ne sont pas les seuls problèmes posés par le nucléaire.

  • C’est une technologie lourde et complexe qui doit être installée près de l’eau afin de pouvoir refroidir les réacteurs. Or, il y a de moins en moins d’eau dans les fleuves et les rivières, et la hausse du niveau de la mer entraîne des risques de submersion dangereux.
  • Face à la multiplication des phénomènes climatiques comme les tempêtes, les canicules ou les inondations, la vulnérabilité des centrales ne fait qu’augmenter.
  • On ne sait pas traiter les déchets nucléaires radioactifs. Fin 2016, la France en comptait 1 540 000 m³ sur son territoire. 90% de ces déchets, majoritairement à vie courte, sont stockés en plein air, parfois à quelques kilomètres seulement des zones urbaines, dans l’attente de la baisse de leur radioactivité.

La solution : changer de fournisseur d’électricité

On vit un moment charnière. Les centrales nucléaires arrivent en fin de vie, la moitié des réacteurs ont dépassé 30 ans de fonctionnement. Alors aujourd’hui, on a 2 options.

Option 1 : investir des milliards dans le nucléaire

On pourrait créer de nouveaux réacteurs EPR, censés améliorer la sûreté de fonctionnement et la rentabilité économique des centrales nucléaires. Mais on n’a plus le temps pour ça. Il se passe 10 à 19 ans entre le moment où l’on décide de construire une centrale et le moment où elle se met en route. L’EPR de Flamanville devait être mis en fonctionnement en 2012, pour un coût de 3,5 milliards d’euros. Finalement, il ne sera pas mis en fonctionnement avant 2023, pour un coût de 19 milliards selon la Cour des comptes (et d’ici là, ça peut encore changer).

On pourrait aussi décider d’investir dans la maintenance des réacteurs existants, mais ça coûterait un bras sans éliminer totalement le risque d’accident dû au vieillissement des installations.

Option 2 : passer aux énergies renouvelables

Alors, pourquoi ne pas investir plutôt dans les énergies renouvelables ? Aujourd’hui, le parc d’énergies renouvelables ne permet pas d’alimenter tous les citoyen·ne·s. Si tous les foyers français avaient choisi une électricité 100% renouvelable, leur consommation aurait dû s’arrêter le 25 mars dernier. C’était le Grey Day. Ça prouve plusieurs choses : on consomme beaucoup trop d’énergie, et on n’investit pas assez dans le renouvelable. Pourtant, l’institut négaWatt a imaginé un scénario selon lequel il y aura 100% d’énergies renouvelables en 2050 en France. Pour y parvenir, on a évidemment besoin de l’aide des politiques. Mais on peut aussi agir maintenant en choisissant le bon fournisseur d’électricité qui permettra de déployer l’énergie renouvelable sur le territoire.

Ça ne vous coûtera pas forcément plus cher et ce sera fait en moins d’une heure : c’est aussi simple que de changer d’opérateur mobile. Toute l’électricité passe par les mêmes fils. Vous consommerez toujours la même électricité, mais l’argent ne reviendra pas aux mêmes personnes et permettra de financer la production d’électricité bien plus vertueuse.

En revanche, ne vous laissez pas avoir par les offres vertes de la plupart des grands fournisseurs d’électricité. Ils jouent avec les « garanties d’origine » qui ne garantissent en rien le financement des énergies renouvelables. En fait, ils achètent toujours de l’énergie nucléaire et la rendent plus verte grâce à un certificat qui prouve que la même quantité d’énergie renouvelable a été produite en Europe. Mais s’ils n’achetaient pas ce certificat, l’énergie en question serait de toute façon produite et consommée. Ça ne change donc absolument rien à la situation…

Le guide de l’électricité verte de Greenpeace devrait vous aider à y voir plus clair. Il classe les différents fournisseurs d’électricité en France en fonction de l’empreinte écologique des technologies utilisées pour produire de l’électricité. Vous vous en doutez, le nucléaire est mal noté en raison des externalités négatives que je viens de vous présenter. Et même si elles ont une empreinte écologique non négligeable, les énergies renouvelables sont les mieux notées.

Notre sélection* : 100% renouvelables

Enercoop 

Enercoop, c’est l’énergie militante 100% renouvelable. La coopérative achète l’énergie directement auprès des producteur·rice·s en France, ce qui permet de la tracer facilement. Plus de la moitié de ses bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise, en partie au profit de projets citoyens, et tout le monde participe aux prises de décisions : les employé·e·s, les producteur·rice·s et même les consommateur·rice·s dont on fait partie ! Enercoop est un peu plus cher qu’EDF ou que d’autres fournisseurs d’électricité renouvelable, mais augmente ses prix très rarement par rapport aux fournisseurs classiques. D’ici quelques années, on peut espérer que les prix s’alignent. 

Ilek

Tout comme Enercoop, Ilek s’assure que chaque unité d’électricité utilisée correspond à une unité qui a été produite et achetée sur le réseau par une source renouvelable. Ilek propose aussi une offre de gaz 100% biométhane d’origine française. En revanche, Ilek n’investit pas encore dans le développement des énergies renouvelables et ne prévoit pas de le faire pour le moment.

Pour aller plus loin : la sobriété énergétique

Comme le rappelle souvent Julien Vidal, « il n’y a pas d’énergie verte : la seule qui l’est, c’est celle que l’on ne produit pas ». Même si les énergies renouvelables semblent les plus vertueuses, elles n’ont pas tout pour plaire. Les installations sont polluantes au moment de leur production, peuvent mettre en danger la biodiversité et ne sont pas toutes recyclables en fin de vie. En plus de ça, les énergies renouvelables ne sont pas pilotables. En clair, elles ne produisent pas d’énergie à la demande, mais uniquement à des moments que l’on ne peut pas maîtriser. Dernière chose : il est très difficile aujourd’hui de stocker l’énergie produite pour l’utiliser quand on en a réellement besoin.

Au-delà du débat nucléaire vs. énergies renouvelables, le vrai problème reste la surconsommation. Encore et toujours. La consommation d’électricité a été multipliée par 3 en France sur les 50 dernières années. C’est un rythme insoutenable. Pourtant, il est possible de réduire facilement sa consommation et éviter les gaspillages à travers la sobriété énergétique. Vous voulez en savoir plus ? Rendez-vous dimanche pour le prochain article.

Vous avez une question ou une suggestion ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury

Malaury

Co-fondatrice de Blutopia

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