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2 milliards de jeans sont vendus chaque année dans le monde. Si on regarde les choses autrement, ça fait 73 jeans par seconde. On en aurait presque le tournis. En même temps, qui n’a pas de jeans dans sa garde-robe ?

Le problème : le blue jeans vintage

Et si on commençait par les bases ? Avant que l’on puisse acheter un jeans, il faut passer par plein d’étapes : cultiver les matières premières, les filer, les teindre, les tisser, confectionner le jeans, le délaver et, enfin, le transporter jusqu’à sa destination finale.

🛫 Le transport

Avant d’arriver dans notre penderie, un jeans aura fait 65 000 km, soit une fois et demie le tour de la planète. Le coton est cultivé en Inde, en Amérique du Sud ou en Afrique, filé en Occident ou au Japon, teint en Asie du Sud-Est ou au Moyen-Orient, tissé au Maghreb ou en Chine… pour que le jeans soit finalement vendu en France et partout dans le monde.

💦 L’eau

285 douches. C’est la quantité d’eau nécessaire aux étapes de la production d’un jeans, de la culture du coton au rendu final.

🌱 Le coton

Le coton utilise 2,5% des terres arables mondiales et 11% des pesticides, dont 25% des insecticides en valeur totale des ventes. On y pense rarement, mais le coton est la culture qui utilise le plus d’intrants chimiques au monde. Et ça a forcément un impact sur l’océan.

À travers la culture du coton, les jeans sont donc très gourmands en pesticides, mais aussi en engrais comme les fertilisants à l’azote et au phosphore. Utilisés en excès, ils finissent par s’écouler dans les nappes phréatiques et les cours d’eau. Résultat : ils favorisent la prolifération d’algues au détriment d’autres formes de vies aquatiques.

🎨 La teinture

20% de la pollution des eaux dans le monde serait imputable à la teinture. Et pour cause ! La teinte bleue du denim, traditionnellement obtenue grâce à l’indigo, est aujourd’hui souvent réalisée à partir de produits de synthèse contenant, notamment, du chlore et des métaux lourds.

En Chine, la rivière Li est polluée par le plomb, le mercure ou encore le cadmium. Quand on sait que Xintang, une ville située au bord de la rivière, produit 800 000 jeans par jour, on comprend vite d’où vient le problème.

En fait, 80% seulement de la teinture s’accroche au vêtement tandis que les 20% restants sont rejetés lors du rinçage. Les nombreux produits chimiques utilisés pour la teinture ne permettent pas un retraitement des eaux de lavage. Celles-ci sont donc directement rejetées dans la nature, amenant éthoxylates de nonylphénols, colorants azoïques et composés perfluorés dans les milieux naturels. Autant de noms barbares qui n’auraient jamais dû se retrouver là.

👖 Le délavage

Pour délaver les jeans et leur donner cet aspect vieilli que l’on adore, une des techniques les plus utilisées est le sablage. On pulvérise du sable abrasif contenant 80% de silice à haute pression à l’aide de canons. Inutile de préciser que ça nécessite beaucoup de ressources et d’énergie, et que c’est particulièrement néfaste pour la santé des ouvrier·e·s qui s’en occupent.

🧺 Le lavage

Une fois le jeans vendu, il sera utilisé et lavé (plus ou moins) régulièrement avant d’être jeté quelques années plus tard. En machine, les produits chimiques utilisés en amont sont libérés et envoyés directement dans l’océan. En fait, c’est le même principe qu’avec les micro-plastiques dans les vêtements synthétiques. Même s’il y a une station dépuration sur leur route avant l’océan, tous les produits chimiques ne peuvent pas être stoppés.

« Finalement, le jeans qui ne pollue pas, c’est celui que l’on n’achète pas. »

La solution : le jeans qui ne pollue pas

Bon, le titre de cette section est peut-être un peu trompeur, je vous l’accorde. En réalité, le jeans qui ne pollue pas n’existe pas encore. En revanche, il est possible de diminuer les impacts de chacune des étapes de production.

  • Bien choisir la matière première : mieux vaut privilégier le coton bio cultivé avec moins d’eau et sans pesticide, ou le lin qui pousse en France, et choisir un jeans sans élasthanne ajouté
  • Éviter les teintures chimiques et le délavage
  • Opter pour du Made in France ou Made in Europe : même si le jeans n’est pas produit à 100% à côté de chez nous, les produits utilisés sont plus réglementés qu’en Asie du Sud-Est ou en Afrique, et le marché offre plus de garanties sur les conditions de travail des ouvrier·e·s

Vous cherchez une meilleure option ? Regardez bien dans votre garde-robe ce que vous avez et si vous avez réellement besoin d’un nouveau jeans. Finalement, le jeans qui ne pollue pas, c’est celui que l’on n’achète pas.

Notre sélection* : Made in France, recyclé, en coton bio ou en lin

1083

1 083 km. C’est la distance qui séparent les 2 villes les plus éloignées de l’hexagone. Alors quand on pense qu’un jeans fait en moyenne 65 000 km avant d’arriver dans notre dressing, ça donne le vertige. C’est justement pour ça que 1083 s’est lancé un défi : relocaliser à moins de 1083 km de chez vous la fabrication de jeans.

Concrètement, la filature, la teinture, le tissage, l’ennoblissement de la coupe, la confection et le délavage se font en France. D’ailleurs, en parlant de délavage, 1083 a opté pour la version laser qui permet de délaver les jeans sans une seule goutte d’eau à partir d’énergie 100% renouvelable.

Et pour les matières premières, 2 options : le coton biologique majoritairement issu de Tanzanie, du Bénin ou du Mali où l’irrigation naturelle limite les besoins d’irrigation artificielle, et bientôt le coton recyclé issu d’anciens jeans.

Le Gaulois

En me baladant à la MiF expo en 2019, j’ai découvert que l’on pouvait fabriquer des jeans avec… du lin ! À quelques mètres du stand 1083, il y avait celui Le Gaulois qui mettait en avant sa toute première collection de jeans 100% lin de Normandie. L’avantage par rapport au coton, même bio ? Il n’a besoin d’aucune irrigation artificielle, et ne fait que quelques centaines de kilomètres jusqu’aux ateliers.

Au-delà de la fabrication de produits écologiquement viables, Le Gaulois s’engage pour une production économiquement bénéfique sur toute la chaîne et garantit une totale transparence, tant sur l’origine des matières premières que sur le processus de fabrication.

MUD Jeans

Je ne pouvais pas passer à côté de MUD Jeans pour cette sélection. C’est la première marque de jeans circulaires au monde, basée aux Pays-Bas.

Voilà les ressources utilisées pour produire un MUD jeans :

  • 581 litres d’eau vs. 7 000 litres en moyenne dans l’industrie grâce au recyclage de l’eau et à des techniques de lavage innovantes
  • 7,14 kg de CO2 soit 70% de moins que le standard de l’industrie grâce au coton recyclé et à des techniques de basse énergie sur toute la chaîne de production
  • 47% d’utilisation de terre en moins grâce à l’usage de coton recyclé et la réduction de l’usage de coton bio vierge

Et arrivé en fin de vie ? Tous les jeans sont recyclés à Valence en Espagne pour en faire de nouveaux jeans qui contiennent 40% de coton recyclé. En 4 ans, MUD Jeans a ainsi sauvé 20 000 jeans de l’incinération ou de la mise en décharge. Leur prochain objectif ? Créer le premier jeans 100% coton recyclé.

Pour aller plus loin : ce que vous ne savez pas encore sur la mode

ℹ️ Infographie : « La mode sans dessus-dessous » par l’ADEME en partenariat avec Qu’est-ce qu’on fait ?!

En faisant mes recherches sur le jeans, j’ai découvert le travail incroyable de Qu’est-ce qu’on fait ?!, dont je ne connaissais que le nom. Et il faut dire que je suis absolument fan de leurs infographies. Celle-ci vous aidera à y voir plus clair sur les différents impacts de l’industrie de la mode.

🗞 Article : « Comment prendre soin de nos vêtements ? »

La moitié des impacts sur l’environnement sont dus à l’entretien de nos vêtements. Alors, ça vaut le coup de se pencher sur la question et apprendre à prendre soin de nos vêtements, non ? Je vous en parlais justement dans une newsletter l’année dernière.

Sources

  • ADEME, Le revers de mon look, 2017
  • ADEME, La mode sans dessus-dessous, 2018
  • Fatal Fashion, SOMO et Clean Clothes Campaign, 2013
  • Levi’s Strauss, The life cycle of a jeans, 2015
  • WWF, L’empreinte eau de la France, 2012
  • ASEF, Les vêtements : quand les toxiques se cachent, 2017
  • Greenpeace, Les dessous toxiques de la mode, 2012
  • Ethique sur l’étiquette, Jeans Mortels, 2012

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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