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Vous êtes de plus en plus nombreux et nombreuses à répondre à mes mails chaque semaine et ça tombe bien parce que j’adore échanger avec vous. D’ailleurs, une abonnée me demandait récemment si je connaissais une marque de chaussures en cuir éco-responsable. Mon premier réflexe a été de lui dire que le cuir ne pouvait pas être éco-responsable.

Entre l’élevage, le tannage et le manque de traçabilité de la filière, il est difficile de trouver les points positifs du cuir. Sans même parler de l’éthique animale et de l’impact sanitaire, le bilan pour la planète bleue n’est vraiment pas glorieux.

Le problème : le cuir

Le cuir est partout : chaussures, ceintures, sacs, porte-monnaie, canapés, fauteuils… Difficile de passer à côté, même quand on essaie de l’éviter. En même temps, ça paraît presque évident : 

  • Il est résistant et dure des années à condition d’en prendre soin
  • Il est imperméable à l’eau
  • Il tient chaud tout en étant respirant
  • Il absorbe l’humidité de la transpiration et évite les odeurs
  • Il est confortable

Pourtant, pour passer de la peau d’un animal à un produit en cuir, il y a un processus de transformation qui impacte l’océan et, plus globalement, la planète sur laquelle on vit.

L’élevage

Chaque année, 1 milliard d’animaux sont élevés et tués pour leur peau. Si la plupart d’entre eux le sont aussi pour leur viande, faisant du cuir un sous-produit de l’élevage à destination de notre alimentation, le cuir encourage quand même l’élevage. En fait, si la peau des animaux n’était pas vendue, même à bas prix, la rentabilité de l’élevage serait encore moins élevée qu’elle ne l’est aujourd’hui et il y aurait très probablement moins d’élevage à terme. 

Une part des nombreux problèmes de l’élevage est donc imputable au cuir : consommation d’eau et de ressources alimentaires, occupation de l’espace terrestre, déforestation, émissions de gaz à effet de serre, pollution des eaux, eutrophisation des milieux… Tout ça a aussi à voir avec le cuir. D’autant plus qu’on utilise majoritairement du cuir de vache et que les 2/3 des gaz à effet de serre émis par l’élevage proviennent des bovins.

Le tannage

Tout ne s’arrête pas une fois l’animal élevé et tué. Pour rendre sa peau imputrescible, c’est-à-dire éviter qu’elle ne se décompose avec le temps, il y a 2 options :

  • Le tannage minéral : 85 % de la production mondiale de cuir
  • Le tannage végétal : 15 % de la production mondiale de cuir

Le tannage minéral utilise un paquet de produits toxiques, en particulier les sels de chrome, les sels d’aluminium et le zirconium. Malheureusement, c’est la méthode la plus utilisée aujourd’hui en raison de sa rapidité : quelques heures suffisent pour traiter la peau. Et en plus, c’est la seule méthode qui permet de bien fixer la couleur dans le temps et d’obtenir facilement un cuir souple et solide. Si les tanneries sont très réglementées en Europe, ce n’est pas le cas dans les grands pays producteurs de cuir et à la main d’oeuvre très bon marché, comme la Chine, l’Inde ou le Bangladesh. Les déchets et les eaux usées y sont souvent rejetés dans les rivières et les champs environnants, polluant les eaux et les sols et empoisonnant les populations locales.L’ONG Blacksmith Institute estime que les tanneries font partie des 10 industries les plus toxiques au monde.

Le tannage végétal remplace le chrome par des extraits végétaux concentrés provenant du bois, de l’écorce, de baies ou encore de feuilles. Cette méthode permet de valoriser les peaux sans être source de pollution et de problèmes de santé. Mais ces avantages ont un coût : le tannage végétal demande beaucoup plus temps que le tannage minéral, et donc beaucoup plus d’argent, ce qui explique pourquoi il est si peu utilisé aujourd’hui.

Le manque de traçabilité

Vache, veau, cheval, chèvre, cochon, serpent, chien, chat… Il est parfois difficile de dire de quel animal provient la peau utilisée, et presque impossible de savoir de quel type d’élevage elle provient. L’opacité règne dans l’industrie du cuir.

Dans les abattoirs, les peaux sont regroupées par lots plus ou moins homogènes selon leur qualité et leur poids, sans aucun marquage. Et puisque les tanneries achètent les lots à des abattoirs de différents pays, personne ne peut connaître avec certitude la provenance du cuir.

Les tanneries, essentielles à la fabrication du cuir, font partie des 10 industries les plus toxiques au monde.

Blacksmith institute

La solution de la semaine : les alternatives véganes et recyclées

Les alternatives au cuir fleurissent un peu partout. Et parmi celles-ci, il y a les simili-cuirs comme le skaï, et les matières végétales à base de déchets de pomme, d’ananas ou de raisin, qui imitent parfaitement le cuir sans utiliser la moindre peau animale. Sur le papier, ça a l’air pas mal, non ? Le problème, c’est que pour que ces matières soient résistantes et imperméables, il faut suivre un long processus qui alourdit leur bilan écologique :

  • On fabrique une sous-couche de textile, à base de polyamide pour les simili-cuirs ou de déchets végétaux pour les matières végétales.
  • On enduit ce textile d’une résine de polyuréthane pour lui apporter de l’imperméabilité et de la résistance. Une fois le processus terminé, le polyuréthane représente jusqu’à 50% de la matière finie.

Au-delà de leur composition, ces matières seraient, selon certain·e·s professionnel·le·s du secteur, moins résistantes et moins durables que le cuir animal.

Bref, comme souvent, aucune matière n’est parfaite. Alors, pour faire votre choix, gardez en tête ces informations, et n’oubliez pas l’éthique animale et l’impact sanitaire des tanneries que je n’ai volontairement pas traités ici. 

Vous avez besoin d’aide ?

  • Si vous avez des produits en cuir que vous aimez, gardez les le plus longtemps possible pour les rentabiliser.
  • Si vous avez besoin d’un nouveau produit et que vous préférez le neuf, privilégiez les alternatives qui combinent matières véganes et recyclées pour réutiliser l’existant et éviter de puiser de nouvelles ressources, sans avoir à tuer d’animaux.
  • Si vous aimez les pièces vintage, achetez d’occasion. Que ce soit en cuir animal, en simili-cuir ou en matière végétale, ce sera toujours moins impactant que du neuf.

Notre sélection* : des chaussures pas comme les autres

Minuit sur Terre

Minuit sur Terre est née à la suite d’une frustration : celle de ne pas trouver de chaussures qui concilient mode et éthique. Leur ambition ? « Proposer des créations modernes, désirables, et fabriquées dans le respect des animaux, des hommes et des femmes, et de la Terre. » Le tout, sans cuir et sans reproche grâce à des matières végétales et des matières recyclées.

Leur dernière création, c’est la basket Virevolte fabriquée à partir d’une matière à base de pommes, avec une semelle constituée de marc de raisin biologique et de caoutchouc recyclé, une doublure intérieure faite de céréales et de matériaux recyclés et des lacets conçus à partir de bouteilles plastiques recyclées.

Veja

En réalisant une étude sur ses émissions de CO2 en 2019, Veja a constaté que 71 % de ses émissions totales étaient émises par ses matières premières. Parmi celles-ci, 97 % étaient liées au cuir. L’impact du cuir provenait majoritairement de l’élevage des animaux.

Résultat ? La marque tente depuis de développer un cuir plus traçable et durable, mais aussi de trouver des alternatives au cuir. En 2019, le modèle V-10 était fait à partir de C.W.L., une matière à 54 % d’origine bio-sourcée, fabriquée au Brésil avec une toile de coton biologique enduite d’amidon de maïs et d’huile de ricin. En 2020, 125 modèles ne contenaient aucun produit d’origine animale, et ce chiffre ne fait qu’augmenter.

Pour aller plus loin : animal vs. végane

🗞 Article : « Est-ce que le cuir c’est mal ? » par Loom

Dans cet article, la marque de vêtements durables Loom explique pourquoi elle a choisi de faire des baskets en cuir animal, plutôt qu’à partir de matières véganes. C’est un vrai puits d’informations dans lequel on apprend que l’impact d’un produit en cuir dépend de plein de critères, notamment le lieu d’élevage de l’animal et de transformation de la peau, ou encore la durée de vie du produit final.

🎙 Podcast : Marie Viard-Klein, fondatrice de Minuit sur Terre, sur Basilic Podcast

C’est le podcast à écouter si vous voulez en savoir plus sur Minuit sur Terre : de la naissance de la marque à son développement, en passant par le choix des matières premières et la décision de ne pas lever de fonds pour rester 100% indépendante.

Des questions, des suggestions ? J’adore vous lire, alors n’hésitez pas à m’écrire en commentaire.

* Vous pouvez nous faire confiance, notre sélection est 100% indépendante.

Malaury Morin

Malaury Morin

Co-fondatrice & Content Manager de Blutopia

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